‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 132 sur 230 · CHAPITRE II S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II S

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Nous allons rencontrer d'ailleurs. une plus surprenante palinodie en abordant la période macédonnienne de Tlran. L'appréciation du rôle d'Alexandre, telle que nous Toffre V Histoire des Perses, est le plus beau monument de Tincohérence gobinienne, Téclatante illustration des dangers de l'inspiration personnelle, en matière de psychologie rétrospective.

li*Essai nous avait appris que les Macédoniens demeurèrent très arians, qu'ils n'étaient nullement des Grecs, qu'ils tenaient surtout, par le sang, aux Illy riens et aux Thraces. Leurs rois se disaient Héraclides, il est vrai, et ce serait là un fâcheux cousinage entre Alexandre et Agésilas, si le héros du Nord, en quelque sorte conscient de ce danger pour sa mémoire, n'avait préféré se proclamer a ^acide par sa mère n . Nous avouons d'ailleurs que la différence ne nous semble pas grande au point de vue de l'hellénisme de ses origines. Quoi qu'il en soit, il demeura toujours, d'une part, odieux aux Grecs, incapables de comprendre sa grandeur; de l'autre, cher seulement à ses sujets naturels et plus encore aux Iraniens, qui l'adoptèrent d'enthousiasme et l'ont de mille manières rattaché à leurs propres rois dans leurs annales.

Suivons donc le jeune capitaine dans son héroïque équipée. • Et, tout d'abord, V Histoire des Perses n'ajoute rien de nouveau au récit traditionnel des conquêtes macédoniennes, sauf une ' évidente partialité pour Alexandre, qui va jusqu'à le décharger de l'incendie de Persépolis. Pure légende que cette catas* trophe, car Gobineau, explorant les ruines de la cité, rebâtie de son propre aveu par les Sassanides, « chercha avec soin les traces du feu et n'en trouva nulle part. » Allez donc retrouver les vestiges de l'incendie de Rome par Néron en vous promenant sur le Forum !

Mais ceci n'est qu'un détail : l'inattendu dans les apprécia-

lions du comte débute avec le séjour de rarmée d'inyasion à Hécatompylos des Parthes. C'est là qu'Alexandre se transforma en Grand Roi perse, qu'il prit l'habit oriental, s'entoura de mélophores et ressuscita à son profit tout l'appareil fiastueux de la cour achéménide. Qu'une telle métamorphose ait eu son utilité politique, comme celle qui fit de Darius un sou* verain tout sémitique, on le peut soutenir, à la condition de la présenter comme une habile et prudente concession à des nécessités ethniques, nées de la conquête. Mais c'était le décor de la yie d'Alexandre qui devait seul changer en ce cas, et non pas son àme ariane. On sait, au contraire, qu'il prit fort au sérieux son autocratie et, peu après, sa divinité. Gomment donc Gobineau va-t-il nous raconter les épisodes caractéristiques qui marquent la scission morale entre les généraux macédoniens et leur capitaine asiatisé, c'est-à-dire les conspirations de Philotas, de Parménion et bientôt le meurtre de Clitus, interprète imprudent de la pensée nationale? Si nous essayions d'en supposer les termes d'après les enseignements tant de fois répétés du comte, voici quel serait le schéma de son récit probable. Les chefs macédoniens, arians de tendance, plus ou moins imbus de la pensée féodale, seront profondément choqués par les allures despotiques, les façons efféminées de leur suzerain, qui tourne de manière si patente au despote sémitique. Tout, plutôt que de subir la honte « d'être fouetté par les verges des Perses > et de s'adresser à ces vaincus pour obtenir accès auprès de leur frère d'armes, tandis qu'il s'enferme dans son harem et repousse ses compagnons naturels! Et pourquoi donc les Arians de l'Ouest eussent-ils accepté des usages qui choquaient à bon droit un Çamide ou un Gawide de l'Est? Alexandre va donc être condamné sans ménagement, et rappelé par son juge à ses fonctions précaires de président couronné d'une république ariane. Eh bien, nous lisons tout le contraire. Avec une éloquence foudroyante, Gobineau prend le parti du nouveau Grand Roi et accable d'invectives ses téméraires subordonnés. Voici d^abord l'argument politique que nous avons accepté en principe« mais qui est ici présenté sur un ton significatif. On a

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