‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 137 sur 230 · CHAPITRE II 26d · texte numérisé non relu

CHAPITRE II 26d

et le dogme de V individualité portèrent du moins tous leurs fruits c bons et mauvais » durant cette période énergique. Concédons qu41 n*y eut pas d^ordre, pas de repos, que les petits pâtirent cruellement. En reyanche, la force de Tindépendance fut si immense qu^elle suffit à tout, même à corriger quelquefois ses propres excès. Et puis « le mal dura cinq cents ans « (toujours le critérium laudatif de la durée, même en mal) et n'empêcha, comme on Ta vu, ni la richesse exubérante de se développer, ni Tesprit de tout embrasser, h^anarchie fut partoutj la médiocrité nulle part. La mort frappa souvent, mais en pleine floraiison de la vie, et il n*y eut pas de langueur jusqu'à la fin. Ce fut l'excès même de leur mérite qui tua les Arsacides. Ainsi ce médecin philosophe se console de la mort d'un patient chéri par l'assurance que le malade succombe à une pléthore de santé.

Voilà certes une belle oraison funèbre, et l'on conçoit que les pâles adversaires de pareils héros, les Romains soient traités sans plus de façon que les soldats de Thémistocle. Triompher des Arsacides, c'était l'objectif constant des empereurs de Rome, tout aussi bien que recueillir l'héritage de Valentine de Milan, prendre pied en Italie fut le rêve désastreux des Valois. Les armes des Césars ne recueillirent sur ce terrain ingrat que a des triomphes d'apparat » , et les entreprises de Crassus, de Marc-Antoine, de Césennius Pœtus, tournèrent à la honte de ces généraux, quand même elles n'empiétèrent pas sur l'Iran proprement dit, mais se bornèrent à l'Arménie, ce champ restreint des ambitions latines.

Gobineau retrouve aujourd'hui avec sympathie les traits des Parthes chez les guerriers afghans, sans s'arrêter à cette particularité gênante qu'à l'exemple des Arsacides, se donnant pour les descendants d'Abraham, les gentilshommes de Kandahar prétendent à des origines sémitiques et se considèrent comme une tribu juive. Mais leur organisation est restée celle « de la plus pure et de la plus orgueilleuse féodalité » , et c'en est assez, avec le souvenir du chevaleresque Mir-Elem-Khan, pour leur mériter un brevet d'aryanisme patent, que nous retrouverons dûment contresigné, au bout de quinze ans, dans les Nouvelles asiatiques.

Les dernières pages de Y Histoire des Perses sont consacrées •à la réaction sassanide. Entreprise au nom du mazdéisme et de ses prêtres hiérarchisés, elle eut à satisfaire au besoin d'ordre et de repos des populations non iraniennes ou à demi iraniennes, fatiguées de subir le contre-coup de discordes féodales où elles ne prenaient nul intérêt. A beaucoup d'égards, ce fut une jacquerie; les nobles furent massacrés ou se retirèrent du côté de rinde, vers les régions scythiques d'où ils étaient sortis. Et, sur l'antique conquête de Zohak, le sémitisme règne enfin de façon définitive aux yeux de Gobineau, tenu seulement en -échec par quelques restes du passé arian, « ce qui a lieu encore aujourd'hui d'une manière assez curieuse. » Ces prétendues survivances scythiques forment la spécieuse excuse que se ménage cet aryaniste inconstant pour répondre aux scrupules éveillés dans sa propre conscience par ses irrésistibles sympathies orientales. •

La conclusion de V Histoire des Perses était difficile à formuler, elle le fut pourtant, mais non sans garder quelque reflet •de l'incohérence qui caractérise ses prémisses. Le rôle de l'Iran, assure Gobineau en terminant, a été de mettre en contact l'Inde avec la Grèce, et de préparer par là un échange fécond de notions, d'impressions, de croyances, d'idées qui opéra un incomparable élargissement des esprits et ne permit plus désormais aux nations u d'en revenir aux étroits et grossiers berceaux où Phocion et Publicola les auraient à jamais tenues assoupies v . Ceci n'est-il pas l'efHorescence la plus outrecuidante du sémitisme qui végétait à l'état latent, durant tout le cours de l'ouvrage, sous les futaies, de plus en plus éclaircies par le temps, de la féodalité ariane? Oui, ce rôle d'intermédiaire intellectuel, si inévitablement lié à celui d'entremetteuse ethnique, fut sans oesse attribué par VEssai à l'Asie mélanisée, par Y Histoire des Perses elle-même à l'Assyrie servile. Gomment donc coudre ce jugement à celui qui l'accompagne immédiatement. * C'est une nécessité de faire figurer dans la liste de nos aïeux les Parthes, qui nous ressemblent si fort par la façon dont ils ont -compris la dignité personnelle de l'homme, notion très étran-

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