CHAPITRE II
gère aux Grecs comme aux Romains; ces Parthes qui avaient pris une si haute conception dans Théritage de nos aïeux communs, les Arians du Nord. » Aucun lien entre ces deux actions parallèlement exercées sur Thumanité; la première appartient à une race, la seconde à Tautre. Gobineau prétend faire honneur aux Iraniens d'une fusion morale qui prépara pourtant la naissance d*un chaos oriental des peuples, source empoisonnée du chaos occidental, dont il reproche si durement aux Romains la paternité. Puis, d'une même haleine, il vante ces hommes pour leur dignité rigide, leur exclusivisme aristocratique, par où nous voyons trop que la fusion finale se fit en •effet malgré eux et contre eux.
Il est donc impossible de méconnaître une fatigue de plus •en plus sensible de la faculté logique vers la fin de VHistoire <les Perses; lassitude attribuable en partie aux difficultés du sujet, à cette sorte de gageure qui consiste à montrer un prétendu triomphe de la féodalité ariane au foyer même des grandes civilisations sémitiques et urbaines de l'antiquité, une inspiration nordique dans le méridionalisme le plus flagrant; -en partie peut-être à Tétat de santé de Tauteur, qui traversa précisément vers 1869 une crise de maladie et de découragement, causée par son ambassade à Rio-de-Janeiro. Aussi bien, par la suite, semble-t-il n'avoir plus compris lui-même le sens €t la portée de VHistoire des Perses et préféré de nouveau le schéma préconçu que lui fournissaient les théories de VEssai aux conclusions formelles que lui avait enfin imposées le spectacle des faits d'Orient. En effet, on ne lit pas sans stupéfaction, dans l'avant-propos de la deuxième édition de son grand ouvrage, ces lignes, les dernières peut-être qui soient sorties de sa plume (1882) : a J^ai écrit VHistoire des Perses pour montrer par l'exemple de la nation ariane, la plus isolée de ses congénères, combien sont impuissantes pour changer ou brider le génie d'une race les différences de climat, de voisinage^ et les circonstances de temps. » Il oublie donc à la fois, et ce réservoir inépuisable d'énergie ariane si complaîsamment disposé par lui au contact de l'Iran dans les tribus scythiques, et l'action, puissante toujours, victorieuse enfin, du sémitisme urbain sur
la féodalité montagnarde, en un mot, l'influence du milieu social, tellement plus évidente en cette évolution que celle de la race. Nous proposerions en conséquence cette restitution du texte trompeur de Tavant-propos : a J*ai écrit V Histoire des Perses pour montrer, malgré moi peut-être, par Texemple de la nation ariane, la moins isolée de ses congénères, combien sont puissantes pour changer ou brider le génie d'une race les différences de voisinage et les circonstances de temps. »
DE LA PORTÉE DE l'hISTOIRE DES PERSES
Demi-roman encore une fois, œuvre de l'imagination constructive, travaillant sur une idée fixe et ne cédant que de façon intermittente aux représentations du bon sens, tel est le résultat de ce grand effort d'interprétation historique. Il était dans la nature de Gobineau de juger arian tout ce qui lui paraissait noble et sympathique dans l'humanité; et c'est d'ailleurs un trait commun à toute l'école aryaniste. Or VEssai avait assez largement semé par le monde les germes de la race élue pour permettre à l'auteur de moissonner au besoin à toutes les extrémités du globe le bon grain de ses féodales moissons. Nous nous sommes plu quelquefois à supposer notre diplomate envoyé vers 1855 à Pékin par son ministre, et à prévoir l'ouvrage qui en ce cas serait probablement sorti de ses études ethniques sur son entourage ; un esprit à ce point systématique devant partout se plaire à placer de gré ou de force dans le cadre de ses principes théoriques ses croquis de la civilisation ambiante. Et les peaux couleur de safran n'eussent pas été, après tout, plus réfractaires aux opérations de la chimie ariane que les épidermes basanés de l'Iran.
Le laboratoire était mieux préparé même, plus richement doté peut-être de cornues baroques, d'alambics complaisants et de réactifs ingénieux que les régions montagneuses du vague Caucase eschylien. Ne nous avait-on pas énuméré avec soin