‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 139 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

dans VEssai ces tribus arianes de TOuest, que les vieux Célestes nommaient Szou ou Khou-te, en réalité les ancêtres des Scandinaves et des Goths (1)? Ajoutons les Rschattryas réfractaires en politique et protestants en religion à Tégal des premiers Iraniens, qui vinrent fonder la civilisation jaune. Par la même opération qui éclaircit pour d'autres fins le teint des Huns et des Scythes, il eût suffi de blanchir intrépidement ces Touraniens de TOuest, du Nord ou du Sud pour que chacune des incursions barbares en Chine pût donner le signal d*un rajeunissement ethnique, d'une vaccination nobiliaire, d'une réaction ariane. Cependant que la noblesse, le luxe et les tendances platement utilitaires auraient afflué sans cesse du réservoir jaune oriental.

Dans ce programme, l'époque toute féodale des Chao Tartares (2) (1200-255 avant Jésus-Christ) eût remplacé la période iranienne héroïque qui court de Férydoun à Cyrus, en succédant, par un nouveau trait de parallélisme, au règne de huit cents ans d'un Zohak jaune. En ce temps-là, le noble conduit son char de guerre, dont les quatre chevaux sont garnis de cottes de mailles et de caparaçons ; lui-même est vêtu de peau de buffle, une cotte de mailles sur la poitrine, une fourrure de tigre sur les épaules, l'épée au flanc, le trident à la main, la tête abritée par un casque orné de coquilles et surmonté d'une aigrette. Quoi de plus arian? Ce paladin montre d'ailleurs la valeur impétueuse, l'amour des aventures, l'esprit chevaleresque, et tout à la fois le respect des rites, la politesse raffinée, le goût éclairé des lettres, qui en font incontestablement un grandoncle des jaris nordiques. Son dévouement au suzerain, père du clan, est sans bornes : et la jolie légende de l'orphelin de Chao nous montre un groupe de vassaux sacrifiant leur vie et celle de leurs enfants pour assurer le salut du rejeton de leur seigneur.

(i) M. d'Ujfalvî, le savant historien des Aryens actuels de l'Hindou-Koush, a récemment confirmé ces yues {Mémoires sur les Huns blancs. Dans VAnihrO' •pologie^ 1898), ainsi que d'autres spécialistes.

(2) Voir en particulier les excellentes notes du marquis de La Mazelière sur VEUtoire de la Chine (Pion, 1901).

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On trouverait facilement une tendance plus jaUne sous la dynastie des Hans qui voit s*établir Tinfluence de Gonfucius : bientôt une action noire avec le bouddhisme mystique qui gagne alors le sud de la Chine. Puis, comme les sujets des Arsacides, ceux des Thangs retrouvent quelque chose de la vertu ariane des ancêtres. L*empire jouit alors d*une paix relative, grâce à la terreur de ses armes, et d^incessantes expéditions contiennent victorieusement les barbares du Nord. Voici un fragment d^un poète de cette époque, Li-tai-pé (1), en qui Ton reconnaîtra sans peine un cousin authentique de nos trouvères. On dirait le portrait du sire châtelain de Victor Hugo :

Sa main di^e Quand il signe Ég[ratigne ' Le vëlin.

a L*homme des frontières en toute sa vie n'ouvre pas même un livre. Mais il sait courir à la chasse : il est adroit, fort et hardi... Quel air superbe et dédaigneux! Son fouet sonore frappe la neige ou résonne dans Tétui doré. Animé par un vin généreux, il appelle son faucon et sort au loin dans la campagne. Son arc, arrondi par un effort puissant, ne se détend jamais dans le vide. Deux oiseaux tombent souvent ensemble abattus par la flèche sifflante. Les gens au bord de la mer se rangent tous pour lui faire place, car sa vaillance et son humeur guerrière sont bien connues dans le Kobi. Combien nos lettrés diffèrent de ces promeneurs intrépides, eux qui blanchissent sur les livres derrière leurs rideaux tirés! Et, en vérité, pourquoi faire? »

G*est pourtant la culture finnique de ces lettrés superficiels qui prend peu à peu le dessus comme la civilisation sémitique dans riran. Elle amène à la longue Ténervement des cpurages, le triomphe du sensualisme, jusqu'à ce que la conquête des Mongols, descendants des Huns blancs, régénère pour quelques siècles encore le Céleste-Empire. Par la lente usure du

(i) Heetbt-Sairt-Dbiiys, Poétiet de V époque dtt Thang$,VwnM^ 1862.

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