‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 144 sur 230 · CHAPITRE III as · texte numérisé non relu

CHAPITRE III as

niers venus des Arians et demeurés les plus purs, gardèrent longtemps pour point d'appui de leurs opérations conquérantes les deux abrupts versants du Caucase. Les populations de cette région durent à cette circonstance Torigine de leur intégrité ethnique, et à Tàpreté de leur territoire sa persistance à travers les âges ainsi que Thonneur d'avoir été choisies d'abord par la science anthropologique pour représenter le type le plus accompli de la famille blanche, baptisée dans son ensemble du nom de race caucasique. Les habitants actuels de ces montagnes continuent d'être célèbres pour leur beauté corporelle, leur génie guerrier; loin de dégénérer, ils ont par leur alliance plus ou moins forcée u réchauffé » à plusieurs reprises le sang des Osmanlis comme celui des Persans, et fourni sans relâche des hommes éminents à l'Islam, entre autres ces beys circassiens de rÉgypte dont l'existence se déroula si romantique en plein dix-neuvième siècle. Les belles populations de la vallée du Phase sont encore douées d'une distinction et d'une grâce extrêmes; « leurs mains sont charmantes, leurs pieds sont adorables; la forme, les attaches, tout en est parfait. «

En visitant le Caucase, qu'il traversa ainsi que la Russie tout entière lors de son second retour de Perse, Gobineau pouvait donc croire à bon droit contempler l'un des points du globe où la race chère à son cœur a le plus puissamment marqué son empreinte. Un voyageur qui parcourait ces territoires vers la même époque, Dulaurier, a écrit ces lignes caractéristiques (1) : « Le privilège de la noblesse du sang est maintenu avec une rigueur extrême chez les Tcherkesses; aussi chacun de ceux à qui le titre de pché (roi) est légitimement acquis se montre-t-il très sévère dans le choix de ses alliances matrimo* Biales et dans le soin de conserver intact son arbre généalogique. Un mariage contracté dans une classe inférieure serait une tache dégradante, et qui lui attirerait le mépris général, n Régis par des coutumes non écrites (adat), ils sont légalement égaux entre eux; toutefois, les plus influents sont les princes qui ont le plus grand nombre de parents, d'amis, de vassaux

(1) La RoMÎe dans le Cattcate.

prêts à prendre les armes. Jadis, chaque cavalier avait à ses côtés un compagnon appartenant à la noblesse inférieure et équipé comme lui, à Texception de la cotte de mailles. Ce compagnon, comme les écuyers de nos preux du moyen âge, où l'auxiliaire placé aux côtés de FArya sur son char de guerre, devait suivre partout son seigneur, le défendre, et mourir s'il le fallait pour lui et avec lui, sous peine d'un déshonneur éternel. Enfin, tout prince ou noble peut être appelé à la tète d'une expédition guerrière, et ce choix, décidé dans un congrès général, tombe sur le plus renommé par sa bravoure et son expérience, son hégémonie demeurant d'ailleurs strictement limitée au temps que dure l'expédition. Et, ajoute Dulaurier, c'est précisément cette constitution égalitaire et féodale qui, entravant la concentration de leurs forces, les a soumis aux armes russes. Rien de plus arian qu'un tel spectacle; on conçoit qu'il ait frappé Gobineau, qui, toutefois, choisit pour héroïne de sa nouvelle caucasienne, non pas une Tcherkesse, mais une Lesghy, fille de ces tribus montagnardes reléguées vers l'Est, que Dulaurier considère comme plus sauvages, moins brillantes et moins chevaleresques que leurs voisins occidentaux. Plus sémitisés, dirons-nous, car il semble qu'Omm- Djéhane, malgré ses yeux bleus, professe l'aversion du Nord et subisse la nostalgie du Midi. Cette fille ariane pourrait être la compagne d'un brigand des Calabres. Pénétrée de haine pour la tyrannie russe, déchirant à coups de couteau le visage des petites filles moscovites avec lesquelles elle est élevée, prête à poignarder sur la place tout Européen dont elle se croit offensée, la sauvage enfant finit par aimer éperdument un Espagnol, un Catalan « descendant des Âlmogavares » , parce qu'il comprend mieux son tempérament qu'un homme du Nord. L'origine gas^ conne de Gobineau transparaît ainsi de manière assez plaisante dans ses préférences quand il cesse de se surveiller, et cette tendance est certes plus visible encore dans la nouvelle qui a pour objet l'apothéose des Afghans, un des morceaux les plus accomplis d'ailleurs qui soient sortis de sa plume, ks Amants de Kandahar.

Les tribus caucasiques englobées par le grand empire slave

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