‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 145 sur 230 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

dans son expansion asialique sont désormais sans avenir politique. Ce fut donc vers les Arians voisins des frontières orientales de la Perse que, dans ses combinaisons de politique contemporaine, comme dans les spéculations ethniques de V Histoire des Perses^ Gobineau reporta ses espoirs, rêvant à un renouveau de Ténergie ancestrale. Son biographe de r£'55a{'(i) raconte qu^il avait projeté de faire équilibre par Faction de Tinfluence française aux compétitions alors naissantes de la Russie et de l'Angleterre dans TAsie centrale, et comptait sur ses rapports exceptionnellement amicaux avec lés dépositaires de la science asiatique pour ouvrir à nos émissaires le chemin difficile des khanats afghans. Il fut méconnu pourtant, éconduit par des chefs qui le jugeaient a chimérique » , non sans de bonnes raisons peut-être, et il dut épancher dans le domaine de la fiction littéraire le trop-plein de ses sympathies afghanes. Nous l'avons vu vers la fin de VHistoire des Perses s'efforcer de nous faire reconnaître dans ces féodaux contemporains les descendants authentiques des Parthes. Cette conviction chère à sa fantaisie soutient ici son inspiration créatrice et le héros des Amants de Kandahar, sans doute issu du souvenir de Mir-Elem-Khan, nous apparaît comme le type masculin le plus accompli qu'ait façonné l'imagination du comte, aussi bien qu'Akrivie Phrangopoulo, avec qui nous lierons bientôt connaissance, sera le portrait féminin le mieux venu qu'ait tracé notre aryaniste.

Pas plus que d'ordinaire, il ne faudrait toutefois rechercher trop scrupuleusement en Mohsen les caractères anthropologiques de la race indo-européenne. Il a le teint un peu foncé, mais non pas de u cette teinte sombre et terreuse, résultat certain d'une origine métisse » . Ses joues se montrent a chaudement basanées comme un fruit mûri au soleil » , tandis que ses cheveux sont noirs, ses regards doux et profonds. Ce fils de noble race vit dévoué tout entier aux vendettas de sa famille ; il a le culte farouche de l'honneur, et la a fierté brillante » qui éclate sur son visage est a le reflet des exigences de son âme v . Il passe donc son existence à se surveiller, lui et les autres, tou-

(i; T. I, p. xxT.

jours en soupçon, « tenant son honneur devant lui « pour ne pas le perdre de vue. Susceptible à Texcès, et jaloux d^une ombre, le jeune preux sait d'avance combien ses jours seront peu nombreux, car « ils sout rares, les hommes de cette race qui, avant quarante ans, n*ont pas reçu le coup mortel, à force d'avoir atteint et menacé les autres • . En une scène charmante, l'indomptable Mohsen succombe pourtant devant la toute-puissance de l'amour, et s'incline jusque sous le pied vainqueur de sa petite cousine Djémylèh. Mais, par cette faiblesse qui l'en* chaîne à la fille d'un ennemi de son père, il a trahi Théritage de haines et de rancunes dont sa naissance lui imposa le fardeau. A compter de cette heure, il est pour ainsi dire hors la loi dans sa patrie, rejeté à la fois par deux partis irréconciliables, et en révolte contre toutes les conceptions morales de sa race. Il tombera donc aux côtés de son amante dans une lutte héroïque et inégale; et, certes la peinture de sa défense épique offre un spectacle imposant; l'état d'àme du jeune héros dans le fort de la bataille n'a rien de banal. « Les sentiments les plus forts qui puissent occuper un cœur régnaient là sans partage; aucune sensation mesquine ne se tenait à leur côté. Aimer, haïr, et cela dans une atmosphère d'intrépidité héroïque, avec l'oubli le plus absolu des avantages de la vie et des amertumes supposées de la mort, il n'y avait pas autre chose qui planât sur les tètes. »

Combien vils au regard de ses paladins apparaissent les bourgeois pusillanimes qu'on nous laisse entrevoir poussant des gémissements lamentables au spectacle des coups qui s'échangent de toutes parts, se terrant dans leur boutique, assurant que a le commerce est perdu pour jamais » . Ainsi firent jadis les sujets impatientés des Parthes, et Gobineau semblait leur avoir donné raison. Ici, il n'exprime que dédain pour ces descendants des « colons persans, dont on n'estime pas la naissance, bien qu'on fasse cas de leur richesse et, à Toccasion, de leurs talents » .

Oui, Mohsen apparaft dans une auréole de valeur surhumaine; mais c'est précisément l'humanité qui manque un peu •dans tout cela; on y sent trop bien 1' « enflure sémitique » que

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