CHAPITRE m
une de ces civilisations progressives dont la présence du sang blanc et la juxtaposition de deux races, Tune conqué- -rante, l'autre conquise, forment, on le sait, la condition indispensable. Ce fut Tempire chamite, et la Bible en résume les dynasties mal connues par le nom de Nemrod. Empire hypothétique qui a été fort contesté à Gobineau et n'a pas acquis un droit de cité bien assuré dans Thistoire positive (1). Mais, au cours de la lecture de VEssaij il convient de s'abandonner quelque peu, de renoncer aux objections trop multipliées, si Ton ne veut fermer le volume aussitôt après Tavoir ouvert. Acceptons donc Texistence des Chamites et suivons le cours de leurs destinées.
Avec quelle rapidité ces blancs conquérants se confondirent et s'absorbèrent en quelque sorte dans la masse mélanienne qu'ils avaient subjuguée, la méprise biblique en est un suffisant témoignage. Le Livre saint n'impose-t-il pas à la race nègre le nom de Cham, oubliant ainsi Torigine évidemment blanche du fils de Noé? Ce fut donc un naufrage ethnique sans précédent; mais ces résultats établissent en revanche les admirables dons de la race élue, car on vit une puissante et magnifique civilisation surgir inopinément sur un sol auparavant stérile; ce premier empire assyrien, despotique comme il convenait à une domination établie sur des nègres, fut relevé par un art admirable, par une immense activité d'esprit; nous reviendrons à loisir sur Torigine nègre de Fart, thèse chère à Gobineau, au moins dans VEssai, et qui se trouve mentionnée d^abord à l'occasion du mélange chamito-noir. Indiquons seulement que, séduit par les vagues données historiques qui laissent dans une pénombre favorable à ses charmes ambigus la silhouette de la civilisation chamite, et d'ailleurs encore assez rapproché de son introduction pour n'en avoir pas totalement oublié les leçons, Gobineau exalte pour la dernière fois les
(i) Ces Chamitet hypothétiques jouent pour Gobineau le rôle que la science contemporaine réserve aux Suméro-Accadiens, sans en savoir beaucoup plus que lui sur la provenance ethnique de ces peuples primitif?, qu*on. faut tantôt jaunes, tantôt mulâtres, à son exemple.
résultats incomparables du mélange. Le monde, dit-îl, n'a jamais revu rien de semblable à la fusion de ces deux peuples purs. Mais il nous faut supposer que presque aussitôt le métissage dépassa la limite utile et permise, car il ne retrouvera plus que bien rarement une indulgence relative dans V Essai; on la verra toujours accompagnée désormais de réserves chagrines.
Après les Chamites blancs, les Sémites s'ébranlèrent à leur tour, descendirent vers les mêmes régions et s'infiltrèrent lentement, par petits groupes, dans les rangs de leurs cousins^ dès lors presque entièrement noircis. Ceux-ci, gardant quelque mémoire de leur origine noble, accueillirent volontiers dans leur sein ces parents flatteurs à leur vanité. Abraham est le type des Sémites pasteurs de troupeaux qui, s'avançant isolément vers le sud avec leur famille et leurs serviteurs, vinrent régénérer pour un temps TAssyrie, devenue trop mélanienne, -et créer les civilisations de Ninive, de Tyr, plus tard de Carithage. Il est assez important de noter dès à présent la physionomie exacte de cet agent ethnique que Gobineau, après l'avoir un instant exalté, flétrira désormais du nom de sémitique. L'objet de ses futurs anathèmes n'est nullement le Sémite blanc primitif, en somme bien proche parent de l'Arian, ce héros de VEssai. Ne Tentendrons-nous pas dire à propos des Mèdes qu'il faut a éviter de tirer une ligne de démarcation rigoureuse m entre les peuples blancs de différente extraction, que ces Mèdes sont, « comme on voudra, les derniers des Sémites ou les premiers des Arians w apparus sur l'horizon de l'histoire (l). Et l'action des Sémites, à l'origine, lui inspire en effet la plus grande sympathie (2). « Ils usèrent de l'admirable instinct qui n'a jamais abandonné la race blanche, et, donnant un exemple que plus tard les Germains n'ont pas manqué de suivre, ils s'imposèrent l'obligation d'étayer la société chamite vieillie et mourante à laquelle ils venaient associer la jeunesse <ie leur sang... Même les collecteurs grecs d'antiquité asia-