CHAPITRE III
tiques leur ont fait rhonneur de la fondation de Tempire d'Assyrie, dont ils n'étaient que les restaurateurs. Erreur bien honorable pour eux, et qui donne tout à la fois la mesure de leur goût pour la civilisation et de la vaste étendue de leurs travaux. » Par malheur, les Sémites blancs se fondirent rapidement à leur tour dans la masse noire, qu'ils ne régénérèrent qu'un instant, et dès lors, pour Gobineau, la famille sémitique ne sera plus autre chose que la race nègre couverte de deux alluvions blanches successives. C'est le premier des trois mélanges simples qui soient possibles entre les types blancs, jaunes et noirs : le sémitisme, c'est le mélange blanc-noir (1). Sous verrons que le blanc-jaune s'appelle de préférence celtique et le noir-jaune malais.
Pour confirmer cette vue insuffisamment établie par l'histoire, Gobineau offre un habile ou plutôt spécieux chapitre linguistique, où, rapprochant les idiomes nègres de ceux que parlèrent les Sémites, il prétend démontrer que les seconds ont emprunté aux premiers leurs formes les plus caractéristiques, en particulier celles de la conjugaison verbale ; et de ces audacieux rapprochements philologiques il donne sans hésiter cette précise interprétation ethnographique : la grammaire sémitique trahit u une origine blanche absorbée au sein d'une proportion infiniment forte d'éléments mélaniens (2) « . Par cette absorption, qui lui semble dès lors suffisamment évidente, les fils de Cham et Sem cessent pour jamais d'être au premier rang des nations, dont ils formeront désormais le fond corrupteur^ et, par les privilèges de leur situation méditerranéenne prépondérante, ces demi-noirs contamineront successivement de leur alliance les Grecs et les Romains^ déterminant ainsi le sens de l'évolution des deux grands peuples classiques.
(1) Cette singulière conception de Gobineaa, qui n'a guère rencontré que raillerie lors de son apparition, semble avoir depuis reçu droit de cité dans la science, et Ranke (Vôikerkumle, t. II, p. 399) la résume ainsi : « Les Sémites appartiennent aux types mulâtres et intermédiaires entre blancs et noirs. » Voir M. S. Chamberlain, Grundlagen^ p. 355.
(2) Voir l'étttde philosophico-mystique de Gobineau sur la vie « sporadique • ^ langage, expression de la race, et dont nous traiterons en son lieu (1868).
Arrétons-nous ici un moment pour étudier avec Gobineau un double aspect très caracténstique de cette première civilisation chamo-sémitique : sa politique et son art. Elle donne en effet, grâce à la persistance des lois ethniques, le prototype des destinées réservées à tous les peuples blancs-noirs qui ont joué dans l'Europe méridionale, et par là dans le monde entier, un rôle considérable.
Recherchons d'abord les origines de la conception sémitique du gouvernement des nations. Gobineau admet que les Chamites blancs, lors de leur apparition au milieu des nègres, avaient été considérés comme des dieux par ces races inférieures, faites, nous l'avons vu, pour « ramper éternellement à leurs pieds » si ces dominateurs ne s'étaient dégradés par leur propre imprudence. Les nouveaux venus n'avaient nullement protesté contre cette flatteuse et utile confusion : c'est une aventure qui arriva depuis aux Espagnols conquérants de l'Amérique (1), et dont les explorateurs actuels de l'Afrique bénéficient encore quelquefois. Ici, nous ne pouvons nous empêcher de protester contre la fondamentale et volontaire illusion d'un aryaniste aveuglé par son admiration pour la race blanche. Tout au contraire, les documents primitifs de l'Inde, et Gobineau en convient dans V Essai (2), ou encore ceux de l'Iran, et il le reconnaîtra dans V Histoire des Perses , indiquent que les blancs rencontrèrent chez les nègres une résistance acharnée, qu'ils les craignirent au plus haut degré, qu'ils se les figurèrent comme des géants herculéens, féroces, redoutables, mangeurs de chair humaine (3) ; qu'en un mot ils furent loin de voir en ces rudes adversaires de timides et superstitieuses créatures, agenouillées devant l'apparition grandiose de l'homme pâle.
Admettons pourtant de bonne grâce que tel est le point de départ du gouvernement chamitique, car sur ce théorème mal
(1) C*eet, d'ailleurs, la vieille formule anglo-saxonne de l'inégalité des races que cette remarque de lord Verulam, dans son Novum organum : « Homo homini deus. » ^^
^(3) Voir notre citation du Mahàbàratha dans l'introduction. ;,