CHAPITRE PREMIER
termine par la rude répression des manants qui ont attaqué d'abord avec succès les moines de Typbaines et leurs alliés seigneuriaux, il associe pourtant le tiers état à la noblesse dans une commune apothéose, car Pbilippe de Gornehaut devient commandeur du Temple, tandis que Payen, un des meneurs bourgeois, sera son écuyer et le compagnon de ses exploits, comme de sa mort héroïque en pays sarrasin. En un mot, le sujet et le ton nous ramènent au Gobineau de 1840, lecteur encore docile de Thierry et de Guizot, admirateur de rinsurrection hellénique. L'œuvre n'aurait sa place en 1867 que par une inconséquence de jugement et de sentiment dont notre indulgence se refuse à charger Tauteur, malgré les bonnes raisons que, par ailleurs, il peut nous avoir données de mettre en doute sa fermeté logique (1).
Que dire de VAphroessa (1869), sinon y relever la nuance philhellénique de l'introduction qui annonce le Gobineau artiste et athénien des dernières années? C'est un volume de vers ; or, il semble que notre penseur devienne un autre homme quand il enfourche Pégase, et que la platitude de son style le conduise alors sans remède à l'insignifiance de l'idée (2). N'est-il pas tout à fait singulier qu'en parlant de Brennus, ce
inattendu, à ce dénigrement de la noblesse et à cette apologie de la roture (dans son Ottar-Jarl), mais ce sera pour une période et dans des circonstances ethniques bien différentes.
(i) Le docteur Kretzer nous apprend que ce roman fut traduit en anglais en 1860, et il reproduit la lettre à Gobineau qui sert d'introduction à ce volume et qui est signée Cb. D. Meigs, Emeritus Professer at Jeffèrson Collège. Philadelphia. Le préfacier se déclare un admirateur passionné de VEssai sur l'inégalité des races, qu'il a lu dix fois et compte lire ainsi jusqu'à la fin de ses jours, mais il ne fait pas la moindre tentative pour rapporter aux théories de cet ouvrage le contenu de l'abbaye de Typbaines.
(2) On trouve dans les lettres de Mérimée à Gobineaa (Bévue des Deux Mondes^ i* novembre 1902) son jugement sur VAphroessa, jugement assez sévère si Ton songe qu'il est adressé directement à l'auteur; il n'approuve guère que la composition, la simplicité du plan dans ces petits poèmes; en revanche il reproche an versificateur de nombreuses négligences, des rimes insuffisamment riches, des expressions à la fois recherchées et conventionnelles, en somme trop peu de sévérité pour lui-même ; et la justification qu'essaya le comte ne modifia pas le sentiment de son correspondant.
Celte; de Samson, ce Sémite; d'Achille, cet Arian, le poète ne révèle pas un instant ses ordinaires préoccupations de race, ne mette jamais à profit les excessives, mais fines et plastiques observations morales de VEssai? Brennus recule devant Camille ; il rend les armes à la fortune de ce Romain.
Moi, je Tadmire et j*en ai peur ; Je le hait, ma sœur... et je l'aime.
Voilà des sentiments d'esclave et qui préparent bien la fin du chef gaulois, terminant ses jours dans une vie d'inaction et de contemplation.
Un peu plus heureuses sont les peintures d'époques moins reculées, telles que le Cartulaire de Saint^Avit^ où l'apparition du sîrc Hugues III de Gournay annonce la naissance des préoccupations d'où sortira VHistoire dOttar^Jarl. Serait-ce encore là une édition d'oeuvres de jeunesse, ou plutôt un témoignage frappant de cette relative éclipse intellectuelle qui marqua le milieu de la carrière de Gobineau (1), car, après le Traité des écritures cunéiformes j VHistoire des Perses^ et même en dépit des bonnes pages que renferment les Religions dans l'Asie centrale^ il va se relever incontestablement avec les Souvenirs de voyage, les Pléiades et les Nouvelles asiatiques, sans toutefois retrouver jamais la verdeur de jeunesse qui brillait dans les audaces de VEssai. Crise de santé peut-être, car on nous apprend qu'il devint tout à fait malade à la veille de 1870. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas davantage à glaner dans ces écrits de transition, qui remplissent tant bien que mal un entr'acte dans la production littéraire du comte.
(1) Ce fat pourtant le moment qa*il choisit, Mérimée nous l'apprend, pour préparer 8a candidature à l'Académie française (avril 1870). L'auteur de Cotomba promit sa Toiz à son ami, mais ne lui dissimula pas l'insinuation que lui présenteraient sans doute la plupart de ses collègues. ■ Votre place est marquée k l'Académie des inscriptions, »