CHAPITRE III
démontré d'ingénieuses déductions vont fleurir en séduisants corollaires. La constitution de cet empire se réduisit donc d'abord à une théocratie, parce que le blanc fut dieu. Toutefois la ■ loi d'attraction » , au double visage triste et souriant, fit bientôt son œuvre, et le nègre se prit à découvrir quelques traces d'humanité dans le maître « que sa fille ou sa sœur avait mis au monde » . Les métis, héritiers du pouvoir, ne pouvant plus prétendre aux honneurs divins, se firent prêtres du passé de la race pure : et le despotisme, pour avoir changé de forme, n'en fut pas moins aveuglément vénéré par des populations qui ne sauraient s'en passer. Quand les Sémites apparurent à leur tour parmi ces métis de teint foncé, ils ne purent devenir des dieux, parce qu'ils trouvaient déjà chez leurs sujets des souvenirs ou, surtout, du sang blanc, et que, a pré* pondérants, ils ne l'étaient pas assez pour agir sur les imaginations au degré nécessaire à l'apothéose. » Bien plus, les Ghamites noirs leur refusaient même l'entrée du sacerdoce, réservé depuis tant de siècles à certaines familles privilégiées. Alors les Sémites humilièrent la théocratie, et, plus haut qu'elle, ils placèrent le pouvoir du sabre. De sacerdotale, monarchique et absolue, la constitution devint aristocratique, républicaine, mais non moins absolue, comme il convenait aux sujets nègres. Encore ces réformateurs prudents firent-ils place aux prêtres dans leurs cadres gouvernementaux, bien qu'au second rang, et conservèrent-ils la royauté en la réduisant à un rôle de parade. Telle est l'organisation tyrienne. « Pour les chefs des grandes maisons collectivement, l'autorité n'avait pas de bornes. Du moment qu'un accord conclu entre eux avait pris le caractère impératif qui constitue la loi, tout devait plier devant cette loi, dont les législateurs eux-mêmes étaient les premières victimes. » En aucun cas cette abstraction, la loi, ne ménageait les situations personnelles; et c'est ici le grief capital, maintes fois repris par Gobineau contre l'aristocratie phénicienne et ses futurs imitateurs : c'est ce qu'il voit de plus aniîarian dans les constitutions sémitisées du bassin méditerranéen. Devant la loi, autant d'hommes, autant d'esclaves. ■ J'insiste, dit-il, sur cette sévère conception chamo-sémitique,
car, après avoir pénétré dans les constitutions de toute l'antiquité, elle ne recule provisoirement aujourd'hui que devant les notions plus équitables et plus saines de la race germanique, n Gomme dans le langage, il lui parait facile de reconnaître derrière ces règles politiques une double inspiration : en ce qu'elles offrent de brutal et d'odieux, leur source est dans la nature noire, « amie de l'absolu, facile à l'esclavage, s'attroupanl volontiers sur une idée abstraite, à qui elle ne demande pas de se laisser comprendre, mais de se faire craindre et obéir. » Au contraire, m dans les éléments d'une nature plus élevée qu'on ne peut y méconnaitre^ dans cet essai de pondération entre la royauté, le sacerdoce et la noblesse armée, dans cet amour de la règle et de la légalité, on retrouve les instincts bien marqués que nous constaterons partout chez les peuples de race blanche. »
Mais continuons de fixer nos regards sur ces antiques cités sémitiques, et nous allons y contempler avec stupeur toute révolution politique qui s'est vingt fois répétée depuis lors chez des peuples de constitution ethnique analogue. Appuyé, suivant son habitude, sur l'érudition allemande de son temps, sur Evvald et Movers principalement, et interprétant d'ailleurs ces historiens au gré de son caprice et de son préjugé, Gobineau brosse un vigoureux tableau des destinées tyriennes. Le mélange, dit-il, étendait ses ravages dans les rangs de ces hardis marins, et l'état aristocratique, dernier mot, terme extrême du sentiment révolutionnaire (1) chez les rénovateurs sémitiques, allait devenir insuffisant. Les idées démocratiques commencèrent à poindre. Observons dès à présent qu'il y a une certaine naïveté dans cet aveu, car les Sémites eurent le « sentiment révolutionnaire n jusqu'au point précis qui leur donnait le pouvoir aux dépens de la théocratie chamitique détrônée par leurs mains. Pourquoi donc, les approuvant pleinement jusque-là, tirer une ligne après cet épisode politique et ajouter : « Les idées démocratiques commencèrent à poindre, n Non pas, elles commencèrent de s'étendre vers le bas, voilà tout:
(1) T. I, p. 278 et suivantes.