‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 163 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

s'impose au témoin réfléchi de cette aventure. Cabert n^agirait pas autrement qu'il ne fait vis-à-vis des tentatives matrimoniales de miss Barton, s'il avait emporté dans sa valise, à titre de bréviaire, le Voyage à Terre-Neuve de son distingué compatriote et réglé sa conduite par les sûrs conseils de cette expérience avisée. Un lecteur docile de Gobineau n'aurait vu, en effet, dans les ardeurs soi-disant ingénues de son hôtesse qu'une de ces effrontées chasses au mari, capable d'entraîner à l'autel tt une grande partie du genre humain » . Il aurait difficilement conservé « un sentiment d'estime » devant ces eCForts intéressés. En allant un peu trop loin peut-être, il aurait songé que » toutes spéculations sont, de leur nature, chanceuses », et joué la contre-partie de sa Walkyrie. Enfin, après sa piteuse retraite, il ne pouvait vraiment s'attendre à être, pour comble d'infortune, si durement malmené par son cicérone bénévole.

Avions-nous raison de prétendre qu'ici l'aryanîsme de Gobineau tourne au germanisme aveugle, à la prosternation devant la supériorité des Anglo-Saxons? En 1861, une impartialité un peu froide, capable de rendre justice à des qualités solides sinon séduisantes, mais aussi une franche sévérité pour des travers et des excès finement observés. En 1872, un enthousiasme désormais sans mélange et un évident parti pris de tout admirer chez les insulaires de Terre-Neuve. Tels sont les jeux d'une imagination complaisante et d'une mémoire vraiment trop infidèle.

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