CHAPITRE III
Tamour par lequel elle répond au sien, miss Coxe est parvenue à Téloigner d'elle, à l'envoyer dans le vaste inonde où il trouvera plus sûrement son bonheur, une transformation ascétique de nature particulière s'opère dans toute sa personne (I). « Elle ne perdit rien de sa dignité; les tumultes de son àme ne purent soulever d'une ligne dans leur plus extrême violence le poids de sa sagesse; et, ainsi, elle n'était pas une fille de Minos et ne ressemblait en aucune façon aux femmes turbulentes, violentes, expanstveSy qui, dans les temps passés, ont fait retentir des lamentations de leur amour, tantôt les bois, tantôt les sommets, les gorges du Githéron ou de l'Hémus, tantôt les voûtes encaustiquées d'arabesques des palais de Sardes ou de Milet. C'était une fille saxonne, faite pour se vaincre elle-même et les autres, et elle le faisait... sans faiblir une seconde dans sa résolution de ne pas rendre autrui témoin de ses défaillances. » L'apparence extérieure de la jeune fille n'est pas moins profondément modifié que son àme par ce viril effort, dont l'analyse rappelle la peinture morale du Saxon, au début de V Histoire de la littérature anglaise de Taine. Elle nous montre à présent « de beaux yeux, une blancheur de cire, une expression de douceur céleste, quelque chose de noble ou de divin dans sa personne. C'était le sceau de la victoire posé sur celle qui avait bien combattue . Ainsi, la qualification divine est appliquée dans l'élan d'un aryanisme renouvelé, non plus à la fraîcheur physique, à la beauté saine d'un héros d'Asgard^ d'une Omm-Djéhane ou d'une Akrivie, ses descendantes, mais à la pâleur mate, aux yeux noirs agrandis par les veilles, à la sérénité lasse qui nait de l'effort moral, à la noblesse issue de l'énergie dans le renoncement. Cette évolution est bien intéressante. Et son admiration pour de beaux yeux anglais cernes par le souci amoureux ramène encore une fois Gobineau aux jugements esthétiques de VEssai et de Y Histoire des Perses, c'est-à-dire à une appréciation quelque peu dédaigneuse de la beauté grecque incarnée dans les filles expansives et turbulentes de Minos. L'art athénien, ajoute-t-il en effet, à cette
occasion, fut assez restreint dans ses ambitions; cherchant peu, il atteignit en ce peu la perfection ; mais a ni les passions, ni les sentiments, ni les besoins, ni les instincts, ni les désirs, ni les craintes ne sont demeurés accroupis sur Thumble degré où la philosophie de Platon les trouva jadis. Tout a monté, tout a multiplié... Phidias et Praxitèle n'auraient point regardé la physionomie d'Harriet si elle avait passé devant eux; pour eux, ce n'eût pas été la Beauté... C'était la Beauté pourtant; la beauté d'une ère qui n'est pas celle de la joie, mais celle de la vie doublée et redoublée n .
Un long cri d'espérance a traversé la terre.
Et cette espérance est celle « d'échapper triomphalement aux atteintes du mal en s'enfermant dans les murs solidement construits d'une volonté dominatrice « . Voilà ce que faisait Harriet, et voilà pourquoi, » n'étant plus jeune, n'ayant jamais^ été belle dans le sens classique de ce mot, elle était devenue, par r exercice de la pensée, par l'eCFet de la souffrance, par la vigueur de la résolution, voilà pourquoi elle était devenue plus que belle. « On ne saurait trop souligner l'importance de ces lignes; elles marquent le point d'inflexion d'une thèse prête à passer à son antithèse, par une sorte d'identification des contradictoires à la manière hégélienne. La Volonté, point central de la philosophie contemporaine, est la transition entre l'aryanisme brutal et l'aryanisme attendri ; on voit ici le Gobineau conquérant de VEssai se rapprocher, au moins sur ce point,, du wagnérisme schopenhauerien, assoupli comme il l'est albrs^ par l'expérience, les revers et l'approche de la vieillesse. Nous aurons l'occasion d'éclairer ces problèmes.
Vers le terme du roman, le lecteur éprouve la satisfaction de voir Harriet céder aux instances de Nore, en couronnant sa Hamnie, et résister victorieusement à la dernière épreuve que lui fait subir une inconstance momentanée, un passager entrai* nomont do son fiancé. Si même elle sou£Fre par là un peu plus ouooro, c'est tant mieux; sans cela elle ne vaudrait pas ce fjutlU %umt. Pour aimer, il faut avoir souffert; pour être grand aussi, il faut avoir souffert : « la faculté de souffrir est la plus