‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 176 sur 230 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

dénouement son cousin, le souverain régnant de Burbach? Un futur lecteur de Talmanach de Gotha ne pourra-t-il redire sur son compte à nos arrière-petits-enfants ce que nous avons entendu de Philippine Hartmann?

Et, chose singulière, il semble que de cette infidélité à ses principes ethniques, de cette chute dans la convention des romans ordinaires, où les rois épousent des bergères sansdom* mage apparent pour leur postérité, notre auteur ait porté la peine. Aurore montre une perfection d*une banalité désespérante ; il n^existe aucun moyen de fixer dans notre esprit les traits d'une sylphide à ce point impalpable. Une fois de plus, Gobineau n'a pas su conclure, il nous déconcerte à la fin des Pléiades par les caprices de son imagination fantasque, et Ton ferme le livre sous une impression de réserve et de désappoin* tement.

Avant de prendre congé de ce roman, malgré tout captivant dans son ensemble, il nous faut encore mentionner un personnage remarquable, dont nous n'avons pas eu un mot à dire jusqu'ici, parce qu'il demeure constamment en dehors de laction ; mais il s'y ingère pourtant de son mieux, il s'y rattache à tout moment par des ficelles à ce point apparentes que son importunité même finit par attirer sur lui l'attention du lecteur et que la lumière jaillit précisément de cette obsession mystérieuse. Casimir BuUet, c'est Gobineau ; il est permis de le sup* poser sans témérité, croyons-nous. Comme certains peintres du temps jadis, l'artiste a cédé à la tentation de se représenter lui-même, assis à son chevalet, dans un coin de son tableau ethnique. Et, si notre conjecture était justifiée, nous aurions là une inestimable confidence sur son état d'àme vers cette époque de sa vie : une légère compensation pour l'avortement de celte autobiographie qu'il rêvait d'écrire afin de couronner son œuvre, et qui eût été si précieuse à l'historien de sa pensée. Qu'on en juge !

Casimir Bullet est un Français qui s'appelle en réalité le marquis de Candeul. Il a dédaigné un titre qui « n'est plus aujourd'hui une valeur, mais uniquement une vanité » ; s'il a choisi ce pseudonyme vulgaire, c'est qu' « après l'avoir con-

sidéré longtemps il Ta trouvé ridicule v , et, 8*il vit en exil à Wilna (1), c*e8t pour avoir a tiré cette ville au sort parmi toutes celles deTEurope v . Il avait ou n'avait pas reçu de la nature uq esprit droit et judicieux; c'est un point difficile à décider; en tout cas, il était certainement doué d^une puissance d'obstination singulière et pouvait plier sa personne morale à tout ce qu'il projetait. Il avait d'assez grandes lumières, ayant constamment lu, surtout l'histoire, et, à force d'examiner les séries des faits humains, il s'était dégoûté de ceux qui les fabriquent. Quand une chose lui apparaissait sou8 un jour vrai oufaux^ mais admirable pour lui, il avait ce pouvoir, cette vertu de ne pas dévier, pour quelque séduction que ce fût, des conclusions qu'il en tirait et de la ligne de conduite à laquelle il s'attachait. Que d'illusions flatteuses entravent les examens de conscience les plus sincères! BuUet admire de bonne foi la logique invariable de sa pensée, et Gobineau croit évidemment pouvoir se faire le même compliment. N'est-ce pas lui qui signe encore ces paroles hardies : » J'ai eu le malheur, prévu par Montaigne, qui sans doute en savait quelque chose par expérience, de prendre en méfiance ma religion naturelle? Je reste bon catholique, mais persuadé que cette doctrine, opinion plus vraie que toutes les autres, est tout aussi impuissante à modifier les sentiments et les actes des hommes. «

Voilà donc où est venu le n catholique extrême » jadis stigmatisé par Ewald : à réclamer pour ses opinions religieuses le patronage de son compatriote bordelais Montaigne, qui ne fut certes pas conseiller de fanatisme, et qu'on dit d'origine sémitique par sa mère. Décidément, M. H. S. Chamberlain n'a pas eu tort d'écrire de son confrère en wagnérisme : « Catholique par la croyance, il reste payen par la pensée (2), « et c'est une appréciation dont l'histoire d'Ottar-Jarl nous confirmera tout à l'heure l'exactitude.

(1) Il est sinifulier que la retraite lointaine indiquée par le destin à ce fili àeê Arians soit précisément la ville lointaine que les publicistes antisémiteâ nomment la vntfina Jwlœorum,

^S) BevHc des Deux Mondes, 15 juillet 1896. « Ricbard Wagner et le Géoie français. «

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