‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 182 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

miers pas aux appétits de lucre, pour s'être subordonnés volontairement à rimmoralitc aristocratique qui fleurissait sur les sommets d'une société tourmentée, héritière de siècles a farouches et pervers » (1). L'art « lucullien » de ce temps a {glorifié des scélérats, des condottieri, des bourreaux, et, en expiation de ce crime, il n'a pas inspiré l'âme de son temps, il n'en a fourni que le a costume » . Pour avoir accepté le rôle dégradant de serviteur du luxe, cet art laissa croire qu'un lien indiscutable l'attachait à la pourriture morale si complaisamment voilée par lui. Seuls Michel-Ânge et son protecteur Jules II surent distinguer la plante sacrée du fumier sur lequel elle grandit à cette heure. Et, à leur exemple, Richard Wagner, héritier de leur pensée, voulut non pas une Renaissance, mais une Régénération. Il a conçu l'artiste comme un prêtre pénétré du sentiment de sa responsabilité, l'art comme intimement lié à la religion, et Gobineau l'a précédé, puis soutenu dans la voie salutaire qu'il indiquait par là à l'humanité fourvoyée. Telle est, autant que nous pouvons en juger, la thèse de M. Schemann, réduite à son essence et débarrassée des efiFusions qui l'obscurcissent.

Que les scènes historiques de la Renaissance soient une peinture de l'immoralité foncière du seizième siècle italien et des violents contrastes qui caractérisent cet âge à la fois barbare et raffiné, c'est une nécessité que le choix même du sujet devait imposer à l'auteur. Mais elles impliquent si peu une condamnation de principe qu'elles annoncent d'abord l'intention de chanter des « gloires » et expriment l'espoir d'être écoutées par là plus favorablement à la légation d'Italie. Pour y trouver la conception régénératrice de Wagner, il faut certainement les lire avec des yeux prévenus. Non qu'on n'y puisse apercevoir au début, dans la prédication de Savonarole, un appel à la religion régénératrice (2) (quand donc un sermonaire a-t-il autrement parlé?) ou, vers la conclusion, dans

(i) Voir aussi Tarticle de H. de Stein sur le livre de Gobineau (Bayreuther Bitttiefy jaovicr 1881). 11 y déchiffre également la condamnation de la Renaisftance ■ comme civilisation » .

les confidences suprêmes de Michel-Ange expirant, un regret sur ritalie, désormais déchue pour avoir quitté le chemin de la religion et de la vertu, pour être demeurée dans les mains du vice (1) (et c'est là le ton ordinaire des vieillards). Mais rendre justice aux droites intentions des débuts de Savonarolc, ou blâmer, non sans une invincible indulgence pour leurs attraits esthétiques, les héros peu scrupuleux de Fépoque des Borgia, ce ne sont pas là des vues bien originales, et on les trouverait partout ailleurs que chez Gobineau. Elles n'apparaissent même dans son œuvre qu'à titre accessoire, comme des lieux communs d'expression, noyées dans la peinture objective du milieu ambiant, dans les larges teintes plates de la fresque voulue par l'auteur.

Et comment seraient-elles davantage? Faire de la religion du Christ, unie à la morale et à Tart, le principe d'une régénération, ainsi que Wagner le proposa sur la fin de ses jours, rien de plus étranger en 1877, non seulement au Gobineau de la veille, mais encore à celui du lendemain, quoi qu'en pense M. Chamberlain. Il écrivait jadis du christianisme : « Son royaume n'est pas de ce monde, » et il nous montrera dans Ottar-Jarl le caractère chrétien u bien pàlo, bien e£Facé » , là où survit dans les âmes r« antique et divin » paganisme du Nord; tandis que les héros Scandinaves, fils des dieux, nous apparaîtront fort excusables et fort excusés pour avoir hésité devant une conversion qui leur proposait de « s'asseoir dans la cendre » et d'y demeurer enfouis. La morale est-elle mieux partagée? Le comte avait pris pour titre d'un chapitre, dès les toutes premières pages de YEssai : « Le fanatisme, le /«.rc, les mauvaises mœurs et ïirréligwn n'amènent pas nécessairement la chute des sociétés (2), » et U dira dans Oitar (3) : « La constitution anglaise, ce monument miraculeux de grandeur et de solidité, resle et restera inimitable pour les peuples dont le sang n'est pas composé de la même façon. La vertu et la morale entrent pour fort peu dans Talliage qui l'a rendue pos-

(2) Mérimée l'en félicita même.

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