‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 183 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

siblc. Mais la longue expérience de ce qu'il faut admettre ou repousser pour que des natures vigoureuses vivent ensemble sans user leur valeur à s^entre-détruirc n^en a pas moins créé un ordre social plein de vérité et de droiture, » Seul Tart, autrefois demi-nègre à ses yeux, a maintenant son adhésion sans rechute, au moins pour ses branches les plus nobles (car la dangereuse Diamante à'Amadis ne possède un tempérament d'artiste que par la grâce de son sang corrompu). Mais, sur ce dernier point, Wagner n'avait pas besoin d'un inspirateur nouveau pour attribuer une portée infinie à ses créations musicales (1), et Schopenhauer lui avait dès longtemps fourni une théorie esthétique tout à fait adéquate à ses ambitions démesurées. Un jour, dit le docteur Kretzer (2), et cet aveu est bien précieux sous la plume d'un homme qui pense comme M. Schlemann de l'influence de Gobineau sur Wagner, un jour, la conversation de Wahnfried ayant touché les questions sociales, qui, au début des années quatre-vingt, occupaient singulièrement l'opinion, Wagner défendit la conception du monde de son maître Schopenhauer et la morale de la compassion. Gobineau n'en voulut rien savoir. Préférer dans ce monde de misère le pauvre au riche, le sot au sage, l'estropié à l'homme de santé, c'était à son avis une erreur. D'ailleurs, une nature élevée se montre d'elle-même, et indépendamment de tout précepte, pitoyable, prête au sacrifice et sans souci des conjonctures matérielles. A la résignation chrétienne, il opposait la dignité païenne; à celui qui pardonne tendrement, celui qui accepte sans une plainte et sans une faiblesse; au renoncement passionné, le renoncement dédaigneux. En tout cas, sous aucune forme, il ne voulait entendre parler de Tégalité des hommes! Ce trait est profondément caractéristique; voilà le néostoïcisme de l'impérialisme véritable, en face du mysticisme fade de l'égalité transcendante; l'ascétisme arian,

(1) Nietzsche a écrit ironiquiMiient [le Cas Wagnci-y traduction française, p. 30.) : « L'homme est perdu ! Qui le «auvern? Comment sera-t-il sauvé? Ne répondons pas, soyons circonspects... mais personne ne doit douter que nou^ ne le sauvions, que notre musique seule ne le sauve! »

fils de la raison orgueilleuse, toujours en mctiance devant Tascétisme demi-nègre d'un Bouddha ou d'un Schopenhauer. Voilà Fantithèse évidente entre Tinspiration d'un Wagner et celle d'un Gobineau, sur le point même qui les rapproche, c'est-à-dire la tendance ascétique du système nerveux fatigue par l'hérédité, par la pensée et par Tâge.

Quel champ reste-t-il, après ces constatations, pour une prétendue collaboration du comte dans Tédifice philosophique de Bayreuth?

Quoi qu'il en soit, et bien que la Renaissance ne se trouve nulle part mentionnée, même par allusion, dans Religion et An ^ admettons que les idées qu'y déchiffre M. Schemann aient frappé, en effet, Richard Wagner, sous la forme vivante que son nouvel ami avait su donner à leur expression. Acceptons des deux wagnériens éminents que nous avons cités l'assurance d'une inspiration flatteuse après tout pour notre amour-propre national; non sans répéter encore que ces suggestions inattendues ne sont aucunement dans le sens de la doctrine gobinienne en son ensemble. Gomme d'ailleurs elles ne touchent pas l'aryanisme, qui surtout nous intéresse dans cette étude, nous reviendrons à notre sujet en quittant la « Renaissance » pour passer à l'examen de l'influence exercée sur Wagner par les théories ethniques de VEssai, et, en conséquence, par les convictions réelles et fondamentales de Gobineau. Car cette influence-là existe à coup sûr, bien qu'à l'état évanouissant, comme nous allons le démontrer; et elle se montre bien plus facile à percevoir de façon précise que l'écho problématique d'une fantaisie passagère, telle que fut chez le comte la rédaction de ses Scènes historiques.

LÀ « RBGÉNÉRàTION > AVANT LA LECTURE DE L* m ESSAI • PAR WAGNER

Parcourons, en effet, dans cette intention maintenant bien déterminée, les pages de Religion et Art^ ce monument capital

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