CHAPITRE IV
irionales nécessitent réellement une alimentation plus azotée, il suffirait d'amener Thumanité à une émigration ratianneUe vers le Midi pour mettre un terme aux massacres odieux des chasseurs, école et préparation des boucheries belliqueuses du champ de bataille.
Telle est, dans ses grands traits, la première conception de la dégénérescence et de la régénération chez Wagner. Il reprit bientôt la plume sur ce sujet dans ses Bayreuther Blœtter^ d^abord pour une invocation fervente à la philosophie rédemptrice de Schopenhauer {A quoi sert cette constatation?)^ puis pour un nouvel accès de ^on antisémitisme intermittent {Connaistoi toi-même!) y et enfin, dans le dernier des compléments qui se rattachent à Religion et Art {Héroïsme et Christianisme) ^ pour une confidence soudaine de ses impressions toutes fraîches à la lecture de VEssai sur t inégalité des races. Car la Renaissance peut-être, les conversations de Gobineau certainement, l'ont assez tardivement amené à prendre connaissance de l'œuvre fondamentale de son ami.
ÂCTIO!i DE l'« ESSAI» SDR LA PENSEE DE WAGNER
Les premières lignes d'Héroïsme et Christianisme jettent, en effet, le lecteur au cœur du gobinisme, en même temps qu'elles apprenaient au cénacle wagnérien le nom de son auteur. Non qu'elles renient la thèse végétarienne, qui s'y trouve, au contraire, résumée d'abord en quelques ii)pts; mais elles annoncent qu'une autre voie de la dégénération a été indiquée par un des hommes les plus spirituels de notre temps. Cette épithète est même assez caractéristique, accompagnant la présentation du comte aux fidèles de Bayreuth; elle précise à la fois et la nature des relations entre le penseur allemand et le diplomate français, relations plus sociales que philosophiques; et la nuance de l'opinion du premier sur le second, opinion identique à celle de leur amie commune, Mlle de Meysenbug. Wagner
expose alors, très brièvement d'ailleurs, la théorie de VEssai sur le poison du mélange, parce qu'elle répond, exactement pour moitié, à ces vœux plus ou moins conscients que nous avons dit tout à Theure présents dans son esprit, avide de régénération et de rédemption. En effet, d'une part, la dégénérescence issue du mélange résulte bien d'une erreur initiale de l'humanité, dénuée d'expérience en ses jeunes années. Mais, d'autre part, Gobineau proclame celte erreur irréparable; et aussitôt, dés ces premiers pas de marche commune, le nouveau disciple se sépare de son guide. Car, s'il veut croire à la dégénérescence, c'est uniquement, nous Tavons dit, pour pouvoir préparer une régénération dans laquelle l'art de Bayreuth se réserve en toute occurrence une part prépondérante. La conclusion pessimiste de VEssai doit donc être tout d'abord écartée, afin que l'humanité malade puisse entrevoir une perspective de convalescence.
Toutefois, avant de proposer son propre remède au poison du mélange, Wagner, sans cesse poursuivi par des préoccupations schopenhauerienncs de plus en plus tyranniques avec les progrès de Tàge, va tirer de son mieux du livre dé Gobineau une théorie ascétique et héroïque à la fois, que l'auteur n'y avait certainement pas mise de façon consciente, mais que peut-être il n'était pas éloigné, nous l'avons dit, d'y découvrir lui-même vers la fin de sa vie, et qui mérite à ce titre d'être ici résumée. Quel serait, d'après r£55 i', le privilège original de la race blanche, se demande Wagner, et c'est une question délicate en effet, sur laquelle nous serons heureux d'avoir son sentiment. « Avec une belle sûreté de vue, Gobineau le reconnaît non pas dans un développement exceptionnel des qualités morales elles-mêmes, mais dans une plus grande provision des principes d'où ces qualités découlent (1). » Il faut attribuer la supériorité ariane à une sensibilité plus vive et tout à la fois plus fine de la volonté, appuyée de cette acuité plus pénétrante de l'intellect qui est nécessaire au parfait exercice du vouloir. Chez le bbmc, l'inteUigence, sous l'impulsion d'une volonté
(1) Voir en effet Essai, t. II, p. 363.