CHAPITRE IV
roïsme et Christianisme, qui produit d'ordinaire cette conversion d'où naît le saint? C'est la contemplation du Sauveur sur la croix, suscitant un effroi irrésistible à l'aspect des résultats produits dans le monde par le gouvernement de la volonté aveugle! Entraînée par ce spectacle, la volonté individuelle, dans sa plus haute énergie, sa plus violente expansion de force contre elle-même, devient capable d'opérer la métamorphose héroïque dont nous parlions tout à l'heure.
Or, de quelle valeur est le sang, la race, pour préparer un tel miracle. Précédemment, il semblait que la famille blanche possédât en ce sens un privilège qui flottait devant la pensée de Wagner comme un reflet des enseignements impérialistes de VEssai. Mais nous sommes obligés de constater ici qu'à ses yeux ce privilège, s'il exista jamais, a été en tout cas abroge par fa venue du Sauveur. Car remarquons d'abord avec lui que le Christ est sorti de ce chaos oriental des peuples sémitisés, qui avait corrompu successivement la Grèce et la latinité; observons encore que l'Église romaine, avec ses saints admirables, est a la propriété de la race latine » . Sans doute, le culte des bienheureux y a subi des déviations blâmables ; sans doute, une corruption grandissante empêche aujourd'hui cette Église de produire encore des saints véritables. N'importe, comment supposer que le sang de la chrétienté soit gâté sans retour, puisque c'est le sang du Sauveur lui-même. Et qui serait assez sacrilège pour se demander si le sang du Christ appartient à la race blanche ou à toute autre, puisqu'il symbolise précisément Vunité de fespèce humaine^ parvenue à ce point de développement qui est la « faculté de la souffrance consciente m . Si le sang de la race blanche a possédé tout d'abord de façon privilégiée cette faculté suprême, le sang du Sauveur coulant dans sa compassion divine pour [humanité tout entière lui en a transmis la vertu, sans exception de personnes.
Bien mieux, revenant à l'une des hypothèses les plus arriérées, les plus dépassées de son maître en philosophie, sur l'origine des espèces, Wagner imagine que le genre humain, après avoir constaté instinctivement la décadence de ses familles les plus favorisées, se concentra soudain, vers Tan 1*^
de notre ère, dans un effort suprême, dicté par la nécessité de sa conservation, pour produire non pas une surespèce (comme dans Schopcnhauer), mais le sang du sauveur, sorte de quintessence, de sublimation de l'humanité souffrante. Et le maitre aperçoit dans une apothéose finale le monde régénéré par son adhésion au vrai christianisme, celui de Parsifal sans aucun doute; tandis qu'on sait assez combien son ami français attachait peu d'importance au fait que le christianisme régnerait un jour sur les ruminants humains de l'avenir.
Que reste-t-il donc de l'enseignement gobinten dans ces fumeuses rêveries, où se croisent les souvenirs du Graal et ceux du Monde comme volonté (!)?
LA COLLABORATION DE GOBirvBAU AUX « RATREUTHER BL£TTER«
Si l'on voulait trouver encore un témoignage de l'opposition foncière entre les vues de ces deux vieillards fatigués par la vie, qui se plurent à unir durant leurs derniers jours les effusions de leurs sentiments artistiques et de leur commune résignation devant le fardeau des années, il suffirait de lire l'unique article écrit par Gobineau à l'intention des Bayreuther Blœtier, et préfacié par le maitre de la maison (2). On trouve dans cet examen de l'état présent du monde d'abord une sorte de résumé de V Essai complété, à l'égard de la latinité, par une nouvelle bordée d'injures, qui sont le fruit d'un quart de siècle de malveillante observation. Nous apprenons, par exemple,
(1) Les dernières lignes d^ Héroïsme et Christianisme sont encore pint incompréhensibles et l*auteur s'arrête brusquement, promettant une suite qui n'est jamais venue éclairer la lanterne de Téminent illusionniste. Ajoutons que Pas Weibliche im Afenschlichen, esquisse commencée deux jours avant la mort du maitre, signalait une troisième source de la dégénération dans les mariages sans amour : digne fruit de la lecture de quelque roman sentimental.
(2) « Un jugement sur l'état actuel du monde. » Mai-juin 1881. La feuille do Payreuth n'a publié, en outre, que des traductions de fragments oa des analyses d'ouvrages antérieurs du comte.