‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 188 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que certains Brésiliens, assez osés pour proclamer devant notre ministre à Rio leur confiance dans les destinées de la race latine, et sans doute assez naïfs pour s'imaginer lui plaire par une telle profession de foi, portaient pourtant dans leurs veines, par parties égales, du sang portugais, guarani et nègre; le premier se décomposant en ibérien, romain, arabe et autres; le second participant de toutes les familles préhistoriques du nouveau monde ; le troisième, de toutes celles du continent africain. Allez donc appeler a race » l'hérédité d'une pareille mixture! Ce sang latin parait d'ailleurs à Gobineau plus répandu dans l'Europe entière qu'il ne l'estimait jadis ; il a pu constater ses étonnants développements jusqu'en Norvège; et partout on en voit sortir l'esprit révolutionnaire, qui est sa marque propre aux yeux du comte. Pour les fils du chaos des peuples, le moyen âge est non avenu ; le dix-neuvième siècle se soude directement au quatrième, en restaurant ce concept de la décomposition, de la u fin » , qui est l'inspiration propre du romanisme. Mais voici qui est à la fois conso* lant comme manifestation de la justice immanente et terrifiant par les perspectives d'avenir qui s'ouvrent aujourd'hui devant l'humanité : depuis VEssai, le comte a vu de près l'Asie, et il en a suivi durant un quart de siècle l'évolution diplomatique et économique. En passant, une anecdote sur le président Dupin caractérise la frivolité que l'esprit public apporte en France au jugement de ces graves questions; car le spirituel parlementaire se serait un jour étonné que la prise par le shah (chat) de la ville d'Hérat (des rats) pût provoquer les souris (sourires) de l'Assemblée législative. 11 faut un incurable aveuglement pour hasarder ces pantalonnades en présence de Tangoissante réalité; la Russie, par ses progrès et ses travaux dans le Turkestan, par ses chemins de fer et par ses canaux, est en train de rouvrir les vieux chemins d'invasions qui demeuraient fermés depuis des siècles, grâce à la désolation de régions devenues meurtrières à toute armée conquérante. Nous retrouverons dans le poème d'Amadis ces vues plus que pessimistes sur notre prochain avenir; c'est le péril jaune, c^est l'inondation mongole imminente que dénonce le diplo-

If« LE COMTE DE GOBINEAU

oaaie, et qu'il montre préparée par la complicité inconsciente des Slaves, ces portiers de TEurope, prêts à en livrer les clefs à)ieurs demi-frères asiatiques (1). Par là, en dix années seulement, le monde peut être radicalement transformé! Et ces choses étaient bien annoncées dans VEssai; le seul tort que L'aateur se reproche dans sa vieillesse, c'est d'en avoir prévu jddîs la réalisation trop lente, en raison d'un excusable optimiisme de jeunesse. Nous sommes, en e£Fet, sur le point de oaoftempler ces misères et ces ruines, et il convient donc dWancer d'environ sept mille ans le crépuscule du monde arian.

-•: Telles sont les perspectives réellement affolées que Richard Wiagner, en préfacier serein et détaché, annonce paisiblement èises fidèles. Sa belle placidité s'explique cependant: c'est, dit4I, que si du pessimisme de Schopenhauer nous avons pu tiffer, dans Religion et Art, l'espoir d'une rédemption pour ce mande pervers, au milieu du chaos d'impuissance et de folie qdfis: nous découvre notre nouvel ami, nous apercevons un iiviice qui nous permet aussi l'espoir. Indice invisible, mais pecoeptible à l'ouïe. Quelque chose comme un soupir de la plus pmfonde compassion, tel que nous tentendimes jadis sur le Gotgotha, et qui sort cette fois du plus profond de notre cœur, jkllpz donc parler histoire à un semblable mystique ! La peine •<iexjGobineau est, en effet, totalement perdue, et, à l'avis de sem interprète imperturbable, toute la conséquence de son alaârtume sera d'inspirer une salutaire frayeur à notre époque iimiléchie et de secouer cet optimisme de commande qui MMSS arrête encore sur une voie de salut si clairement indiquée pourtant par le soupir de tout à l'heure. Est-il possible, eojarérité, de se plus aimer et de se moins comprendre que ncifirent cet introducteur et ce préfacié?

^ (1) Au même ordre d'idées se rapporte un petit écrit du comte intitulé: c Ce qui Ve passe en Asie, » qui parut après sa mort en 1885 dans la Bévue du M^kde latin.

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