CHAPITRE III
tions est évidemment la démocratie complète. Nous reviendrons à loisir sur ces considérations fondamentales.
Il serait intéressant d'examiner ici quel fut, aux yeux du comte, le rôle de la nation hébraïque dans la civilisation sémitique, dont Israël a paru si longtemps résumer les acquisitions intellectuelles et les aspirations morales. Ce rôle est très faible, assure dès à présent notre homme, fidèle à sa conception de rinfluence infime des idées religieuses sur les destinées de rhumanité. Les Hébreux imitèrent de loin la Mésopotamie assyrienne, comme les provinciaux français copient gauchement les modes de Paris. « Il est vraisemblable que, dans les magnificences qui éblouissaient si fort Jérusalem, Tœil d'un homme de goût venu de Ninive n'aurait démêlé qu'une copie faite de seconde main des belles choses qu'il venait de contempler en original dans les grandes métropoles mésopotamiques. » En ces petits peuples sans puissance militaire, sans crédit sur leur entourage, ne résidait pas l'excellence du lype(I).
C'est encore dans le cadre sémitique qu'il convient de placer le chapitre consacré par V Essai k l'étude de l'Egypte antique; nous l'examinerons sommairement, car il inspire moins heureusement l'auteur, et ses conclusions seraient de nature à affaiblir plutôt qu'à renforcer les impressions si nettes que nous avons gardées de l'histoire tyrienne.
En effet, nous rencontrons de nouveau ici le ton blanc-noir, car nous savons qu'il faut de toute nécessité du sang blanc pour créer et conserver un empire aussi brillant et durable que celui des Pharaons. En conséquence nous verrons dans la vallée du Nil les noirs habitants primitifs subjugués deux fois : d'abord par quelques Sémites venus d'Asie à travers l'isthme
(i) Nous avions pourtant lu d*abord (t. I, p. 50), qaand il 8*agit8ait de combattre la théorie des milieax, que la Palestine aride nourrit « un peuple habile en tout ce qu'il entreprit, un peuple libre, un peuple fort, un peuple intelligent, et qui, avant de perdre bravement, les arraea à la main, le titre de nation indépendante, avait fourni au monde presque autant de docteurs que de marchands • . Noos pourrions même voir dans ce changement de ton et d'inspiration un indice nouveau de ce fait que la partie initiale et théorique de riSr.mt est fort antérieure à la partie descriptive, dont elle annonce mal les leçons effectives.
de Suez, mais surtout par des guerriers aryas hindous débarqués sur les rivages de la mer Rouge; cette dernière supposition, alors accréditée, semble à présent mal fondée : elle fut en efiFet inspirée à Tégyptologie naissante par la découverte de cer* taines analogies religieuses, aujourd'hui mieux expliquées d'autre façon; en sorte que la science Ta dès longtemps abandonnée. Gobineau s'efiForce d'appuyer cette hypothèse par des arguments philologiques aussi arbitraires (I) que ceux dont il s'était servi précédemment dans une conjoncture analogue. Mais, quoi qu'il en soit, si l'on admet dans la vallée du Nil une composition ethnique analogue à celle de la Mésopotamie, comment comprendre alors que la suite des événements s'y soit déroulée si différente? Comment expliquer ce que Renan nommait quelques années plus tard le réalisme, la platitude, le bon sens économique, les qualités domestiques de ces sujets des Pharaons, supputant patiemment le nombre de leurs oies ou celui de leurs ânes : toutes tendances qui feraient songer moins à la passion nègre qu'à la raison jaune? Comment enfin n'observa-t-on jamais nulle évolution démocratique chez le fellah, qui demeure courbé sous les despotismes changeants dont les siècles le dotent. C'est, dira Gobineau, que les Arians hindous, fils de Japhet, introduisirent là des dispositions un peu différentes de celles de leurs cousins noachides; ou encore que les alluvions blanches n'ayant jamais été fort épaisses, la populace ne parvint pas à une telle amélioration de sang qu'elle pût concevoir la pensée ambitieuse et acquérir la faculté de s'élever jusqu'à ses maîtres. Faibles lueurs; on pressent ainsi, dès les premiers pas de Gobineau, la pauvreté de son schéma ethnique : sa palette est trop maigrement garnie des trois couleurs fondamentales dont il dispose. Quand par surcroît il doit se contenter en quelques sujets de deux tons, il devient tout à fait incapable de traduire la riche diversité des spectacles de l'histoire.
Sera-t-il plus heureux dans l'interprétation des arts de l'Assyrie et de rÉgypte! On trouve, dit-il, des œuvres admirables
(i) Le philologue allemand Pott les réfuta peu après. (Voir plus loin.)