‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 192 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

déclarer par avance que nous ne Ten croyons pas capable, au moins de façon consciente. Il aborda les annales de sa famille dans un état d'esprit tout particulier, qui, déposé en germe par rhérédité dans son caractère, fut développé et pour ainsi dire exaspéré parles expérienes de sa vie. A ses yeux, un arbre généalogique est une plante d'espèce rare, qui croit en quelque sorte la tête en bas et renverse les lois immuables du géotropisme, en poussant ses racines dans le vague azuré. N'a-t-il pas établi maintes fois, par des exemples iraniens, que les meilleures généalogies s'établissent à reculons par le mérite des héros et l'assentiment des peuples? La Chine a bien créé la noblesse ascendante pour traduire aux yeux du vulgaire cette vérité que, si bon sang ne peut mentir, ce témoignage sincère doit être écouté en faveur des pères comme en recommandalion des enfants. Après le séjour du comte en Orient, ces sortes d'origines futures prirent à ses yeux une valeur positive, aussi bien que les combinaisons séduisantes de la cabalistique : et il applique en toute sincérité ses souvenirs sémitiques à réclaircissement de ses origines gasconnes. Rappelons encore dans notre mémoire les déclarations de principe qui ouvrent les Pléiades : u Celui qui trouve les qualités que vous avez dîtes pendues à son cou dès sa naissance, celui-là, incontestablementy par un lignage quelconque, a reçu du sang infusé dans ses veines les vertus supérieures, les mérites sacrés que Ton voit exister en lui. » Il sort d'aïeux nobles, divins même, et si d'indignes mélanges ont pour un temps atténué l'éclat de sa race, la gloire en resplendit de nouveau dans ce « fils de roi » qui vient révéler l'antique illustration de son sang. En un mot, la preuve du lien de parenté qui unit Ottar-Jarl à Arthur de Gobineau réside tout entière en ce dernier, car elle n'est autre chose que la conscience certaine qu'il possède de cette descendance.

Un jour, accompagnant M. de Hertefeld et quelques amis dans une excursion vers les u Skaeren « de la Baltique, ces ilôts granitiques qui parsèment la mer au voisinage de Stockholm, notre ministre aborda à celui de Djursholm et escalada nn rocher couronné de pins sous l'ombrage desquels se dessin

naienides ruines d'aspect cyclopéen. Là éiaà le bvrg JCOuar^ s^écria Gobineau! Et comme son ami lui demandait sur quels indices il fondait cette conviction : vl Je le senSj répondit-il^ c'est de ce lieu que je tire mon origine. > Que répliquer à ces révélations impérieuses, écho d'une hérédité si patente qu'elle ressemble à une entière métempsycose? Même revenu au sang-froid, l'homme qui les a une fois entendues leur obéit sans résistance et, à l'exemple de la bergère de Domrémv, se laisse guider aveuglément par ses voix. Le descendant d'Ottar avait en toute sincérité la prétention d'offrir au siècle présent l'image modernisée, mais reconnaissable encore, de son grand ancêtre, de posséder les mêmes vertus adaptées à des circonstances nouvelles; une pareille foi ne raisonne pas sur des objections de chartiste, et sa profession feivorite est le credo quia absurdum. Rectifions donc à l'occasion, mais sans soupçons injurieux : ils seraient ici déplacés.

L'auteur croit devoir protester d'abord contre toute accusation de vanité nobiliaire. « 11 s*agitpeu, dit-il, de faire ressortir des gloires et dênumcrer des avantages. « Acceptons-en l'assurance, et si ce résultat se produit néanmoins par accident, si l'origine grandiose qu'il se donne vient à propos justiKcr cette « nuance imperceptible de hauteur» , cette attitude ordinaire de • dédain » que ses biographes ont signalées chez le comte, croyons que c'est là une conséquence involontaire de son exactitude historique. 11 prétend seulement faire œuvre scientifique, montrer « à quel point les fils ont ressemblé aux pores^ les neveux aux oncles, les cousins aux cousins, et ce qu'il faut induire des rapports et des dissemblances « . Examinons-le donc, en compagnie de notre guide.

OTTAK-JàBL ET LES GOCR^AT FEODAUX

Voici d'abord apparaître dans les chroniques saxonnes et Scandinaves le pirate norvégien Ottar. Cet ancêtre des Gobi*

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