‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 195 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

«lie » et que, grâce à Taccord dont cette tête si sage devint le moyen, ils se prêtèrent de bon cœur à une cérémonie chrétienne, à un culte qui se rapprochait ainsi du leur. Une sorte de compromis fut conclu entre eux et le cierge de Fépoque, et se montra durable, bien que les conquérants y eussent mis <le dures conditions, gardant, par exemple, sur le chapitre et Tabbaye de Gournay des droits absolus, indépendants de Tévéque et du pape.

Quoi qu'il en soit de la vérité d'une telle interprétation, n'est-il pas révélateur de voir un catholique de tradition saluer avec une véritable joie l'opportunisme prétendu de son église, consacrant tacitement Tune des superstitions les plus grossières, les plus sanguinaires du paganisme nordique? Rite d'origine celtique sans doute, car les Celtes d'Irlande avaient aussi le culte du Cromm Cruach, la tête sanglante ou le croissant nocturne, affreux fétiche lunaire, conseiller d*odieux sacrifices humains. Oui, parmi tous les germanistes contemporains, au moins depuis les temps du teutonisme romantique, Gobineau est peut-être le seul qui se montra conséquent avec lui-même et glorifia franchement l'odinisme, expression religieuse la plus nette après tout de l'àme germanique. Que d'autres cultivent le bouddhisme ou le brahmanisme, le protestantisme ou le wagnérisme, celui-là va droit au but : il a des accents passionnés pour célébrer les véritables dieux de ses pères (1). a II n'est pas douteux que le caractère chrétien est bien pâle, bien effacé dans des physionomies chrétiennes comme celle de saint Hildevert de Gournay. Mais ce qui est profondément assuréy certain^ véritable^ c'est le caractère antique et divin de pareilles ligures. »

Avec une satisfaction non moindre, Gobineau a découvert qu'en 942 on faisait des sacrifices à Odin dans le palais ducal de Rouen, et qu'un siècle plus tard, en 1055, un concile déposait l'archevêque de cette ville, Mauger, oncle de Guillaume le Conquérant, parce qu'il avait des relations avec « un déable privé dont le nom était Toret » , en d'autres termes, se

confiait pour ses affaires particulières à la puissance du dieu Thor, L'anonyme des Bayreuther Blœtter nous apprend que rhôte de Wahnfried revenait avec complaisance sur ces découvertes dans les conversations de Bayreuth, car il était «passionnément attaché aux dieux germaniques n . Et il a expliqué nettement dans Ottar les raisons qui retinrent longtemps, jusqu'au douzième siècle peut-être, les conquérants Scandinaves dans les convictions de leurs pères. « Il était difficile à des hommes complètement imbus de ce naturalisme, noyau des religions de la rdce pure,..^ d'y renoncer pour adopter de bonne foi des notions chrétiennes. Celles-ci venaient leur apprendre qu'ils n'étaient que peu de chose j chacun en son particulier, dans l'immensité d'une création limitée de toutes parts sous la pression de l'infini de Dieu. Dieu cessait d'être la source directe de leur essence, pour devenir leur créateur comme il l'élait de tout sans distinction. Admettre cette doctrine, c'était se soumettre à une grande déchéance. Ils s'étaient considérés jusqu'alors comme le point culminant de Fêtre, On les engageait à s'asseoir dans la cendre; leur instinct s'y refusa longtemps. » A ces orgueilleux Arians, la création biblique enlevait le privilège de l'extraction céleste personnelle et limitée à leur race; ils n^entendaient pas l'abandonner sans combat. Tels furent les hommes véritablement divins dont Gobineau se réclamait sur le burg rocheux de la Baltique ; il sentait leur sang couler dans ses veines, et ce n'était pas un mince orgueil qui gonfiait alors son cœur ulcéré par les épreuves de la vie. Pourtant ne pourrait-on lui rappeler qu'en ce même lieu un Gascon, devenu roi légitime des petits-neveux d'Ottar par le renom de ses exploits, Bernadette, soupirait dans sa vieillesse, si l'on en croit la légende, aux échos des acclamations saluant le retour des cendres de son empereur : a Quand je pense que j'ai été maréchal de France, et que je ne suis plus que roi de Suède !... »

Plus ou moins chrétiens, les seigneurs normands de GournaV déroulent alors sous nos yeux leur histoire, non sans quelque incertitude généalogique dès ce temps ; car, ainsi qu'il le fera sans cesse, l'auteur nous présente déjà comme parents d'Ottar tous les gens dont les chroniques font suivre le nom de bap-

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