CHAPITRE V S
téme par les mots « de Gournay n ; et c'est alors^ de toute évidence, une pure désignation géographique, qui s'applique aussi bien aux sujets qu'aux enfants du seigneur. De là des confusions inextricables. Notons seulement dans ce tableau historique du haut moyen âge quelques traits intéressants pour la psychologie de Tauteur. Les moines y portent une fois de plus la pleine responsabilité des mauvaises querelles cherchées par nos âges révolutionnaires à ces temps idylliques. Ces témoins austères ont critiqué durement les excès dont ils étaient parfois spectateurs, « parce qu'une société jeune est exigeante pour elle-même; n tandis que les écrivains des heures de décadence sont toujours enchantés de leur temps, vieillards prétendant qu'on les croie capables de ce qu'ils ne font ni ne peuvent. Les opinions de ces spectateurs malveillants furent quelquefois partagées pourtant par ceux qu'ils morigénaient de la sorte, car nous voyons Hugues 11 de Gournay se faire bénédictin vers la (in du onzième siècle, donnant un nouvel exemple de la tendance ariane vers l'ascétisme, issu delà volonté vigoureuse, u Voilà un homme qui, dans un siècle de violents, fut encore plus violent que les autres, car il eut la force de se mettre audessus des habitudes de ses pareils (!).«» Digne en un mot du sang de l'énergique Ottar, il rappela ces héros aryas des forêts de l'Inde, qui, pour conquérir le ciel d'Indra par la puissance des austérités, se faisaient ermites.
En ce lieu se place la description minutieuse du château de Trye-en-Vexin, dont le territoire appartint au onzième siècle au beau-frère d'Hugues lY de Gournay, Jean de Dammartin, et qui s'élève à six lieues de la ville de Gournay. Le comte Arthur de Gobineau, ayant hérité en 1855 de son oncle, l'ori- {^inal légitimiste qui fut son mentor à son entrée dans la vie, s'empressa aussitôt d'acheter le domaine de Trye, qui était alors en vente; et ce fut incontestablement dans la pensée de se rattacher ainsi de façon plus étroite à la maison normande de Gournay. 11 dut revendre son acquisition en 1877, pour alléger sa situation obérée; mais ce fut là que, durant vingt années, il
vint rêver à son roman familial, et qu'il put écrire fièrement : a Comme Trye est venu un jour dans les mains d'une branche des descendants d'Ottar-Jarl, il est à propos de parler de Jean de Dammartin et de son manoir. «
Par malheur, le beau-frère du châtelain médiéval de Tryc, Hugues IV de Goumay, est précisément le dernier personnage de cette famille qui garde quelque réalité historique et qui ait occupé les chroniqueurs de son temps. Après lui nous allons plonger pour longtemps dans Tobscurité et dans Farbitraire. Écrasé entre la France et la Normandie, alors anglaise, il se vit déposséder sans retour de tous ses fiefis par Philippe Auguste ; simple épisode dans la longue série d'înjusiices qui grandit peu à peu la royauté capétienne aux dépens des familles chevaleresques de la conquête. Que d'autres célèbrent donc le rôle de ces valeureux créateurs de Tunité nationale ! Les descendants des féodaux dépouillés ne sauraient voir en ces heureux compétiteurs que de pervers et d'ailleurs imprudents confrères. Car ces monarques déloyaux payeront un jour de leur sang la disparition de leurs pairs et soutiens naturels. Jusqu'au treizième siècle, les nobles d'extraction pure avaient joué un rôle social éminent : agriculteurs éclairés, éleveurs habiles, banquiers de leurs tenanciers à l'occasion, ils s'étaient montrés gens pratiques autant que braves à l'exemple de leurs aïeux norvégiens. Et leur action fut autrement bienfaisante que celle des anoblis créés par le caprice de la royauté grandissante, de ces soudards parvenus, nourris et entretenus aux dépens des petits, qui vont les remplacer dans leur autorité.
TKASSITIOS TMCOBIOrK DES OOVMTikX AUX GOBI5CAU
La noble maison d'Ottar une fois ensevelie dans un panégyrique digne de sa grandeur, il s'agit de préparer au mieux le passade des Gournay, hauts barons normands, aux Gobineau, humbles artisans bordelais, que nous allons contempler trois