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CHAPITRE V

Siècles plus tard à l'autre extrémité de la France. C'est là le nœud du problème ethnique que le comte s'est proposé de résoudre sous nos yeux. A cet effet, voici d'abord un vague et singulier développement sur la médiocre importance du nom familial dans la noblesse d'origine germanique, dont la négligence à cet égard serait même la marque propre, les Gallo-Romains s'attachant beaucoup au contraire à leur nom de famille roturier. Mais alors, objecterons-nous, pourquoi le seul suffixe udeGournayv vous suffit-il toujours à caractériser un descendant d'Otlar? Sans s'arrêter à ce détail, le comte nous signale d'une même haleine chez ces ancêtres deux usages antagonistes, appuyés sur deux sentiments absolument contradictoires. Qu'on en juge! d'une part, l'homme du Nord est individualiste à ce point qu'il se refuse à partager avec ses proches même son nom; et voilà qui parle en effet contre la transmission d'un nom de famille défini. D'autre part, on nous affirme au même instant que tous les descendants d'Ottar prirent vers le douzième siècle l'habitude de s'appeler Gauvain (cela sans aucune preuve d'ailleurs), par admiration pour le brillant neveu du roi Ârlhur, et que ce nom de baptême, devenu dès lors un véritable nom de famille, doit sufHre désormais à faire reconnaître par toute la France les survivants de la maison! C'est que, fier de sa race, et persuadé de Vtnfluence mystique du nom^ de la force latente qui y est infuse, le chevalier germain le transmet à son fils! Comprenne qui pourra! Ou plutôt l'on comprend trop bien qu'il s'agit ici de noyer à tout prix le nom patronymique de Gournay et d'introniser solennellement à sa place, dans le sein de la même famille, le qualificatif désormais seul intéressant de Gauvain, ou, par diminutif, Gauvinot, Gobineau. Plus incohérente encore que l'explication du nom est l'ana lyse des armoiries prétendues de la maison de Gournay, seul lien visible (et d'ailleurs purement artificiel, comme nous le montrerons) entre cette race féodale et la famille de Gobineau. Les lambels s'inclinent, se redressent, se brisent dans les branches cadettes, et mènent sous les yeux ahuris du lecteur un véritable sabbat. Gobineau est là dans son élément; il a trouvé une écriture symbolique, non moins mystérieuse que

celle des inscriptions cunéiformes, et c'est de plus de sept façons différentes qu'il va l'interpréter cette fois. Il en tire vraiment des résultats surprenants, accentuant le ton d'autorité dans l'expression là où s'accuse le mieux la faiblesse de l'argumentation, jetant sur ces obscures généalogies picardes une lumière à ce point éclatante, que le lecteur en est aveuglé tout à point, au moment critique de la prestidigitation. Il nous donne, d'ailleurs, la raison pour laquelle nous saisissions mal les arguments présentés sur ce sujet; c'est que la religion héraldique, et sans doute la véritable intelligence du blason, demeurait un privilège du sang odinique. Les populations gallo-romaines n'en ont jamais compris la portée et n'en connurent que les apparences décoratives. Notre incapacité dans ces matières provient donc d'un défaut d'origine; il faut nous y résigner.

Les Gobineau étant rattachés autant que possible aux Gournay par le nom et les armes, il s'agit d'unir plus étroitement leurs destinées, en dépit des incalculables différences de situation sociale, d'occupations et de milieu qui les séparent. A cet effet, Gobineau éciit sur la « persistance ethnique » un chapitre qui est une véritable apocalypse, au regard de laquelle celle de Pathmos semblerait presque limpide. On y reconnaît quelques traces de ses convictions sur la « vie sporadique » des concepts abstraits. Après avoir étudié, dit-il, Vespèce humaine, la variété blanche, la race ariane, on ne peut espérer un surcroît de lumière que par l'examen de la /ami/Zc ariane. Car, » dans ses entrailles, dans son cœur, la Race porte et renferme un être plus avancé qu'elle-même, comme elle-même Test plus que la Variété, qui est déjà moins informe que l'Espèce : de sorte que, si, dans cette généalogie des manifestations animées, le Chaos engendre le Titan, le Titan mit au jour le Dieu ; et il est arrivé que le Dieu, Odin, la Race a fait sortir de son Hanc ta Famille... Il faut se borner à contempler le noyau de la race aryane, la famille aryane, une famille (l). » Ne diraiton pas qu'il n'y ait que celle-ci au monde; quintessence de révolution humaine destinée à porter sa fleur suprême dans

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