‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 200 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

il peut suivre avec vraisemblance ces Gournay-là tout au moins jusqu'au dix-neuvième siècle, où leur représentant principal fut un membre du parlement, M. Huson Gurney. Notons que ces Gurney devinrent un moment notaires des Howard, ducs de Norfolk; profession qui ne prouve rien contre Ténergie du sang d'Ottar, car « ils se firent légistes pour rester influents, en même temps qu'ils cherchaient à tirer de leur domaine la meilleure rente possible » ! Toujours ces heureux traits, caractéristiques d'une illustre origine! Quoi qu'il en soit, un Gournay d'Angleterre, du nom de Mathieu, devint en 1378 sénéchal des Landes. Il guerroya sans relâche en Gascogne, y acquit de nombreux domaines et y vécut longtemps avant de retourner mourir dans sa patrie en' 1406. Influencé sans doute par la conviction qu'il parle d'un de ses cousins à la mode de Bretagne, Gobineau se montre d'une indulgence insolite et excessive pour ce capitaine de routiers, qui nous apparaît, à nous profanes, sous les espèces d'un véritable brigand de grands chemins. On nous le donne comme possédant a au plus haut point le trait militaire, dont les générations modernes voudraient amener l'efl^acement au profit de l'État. Dépouiller celui-ci ou celui-là, frapper des contributions pour son propre compte, peser d'une main extrêmement légère le droit d'autrui, enfin, pour dire les choses sans euphémisme, brigander, ne lui inspirait pas le moindre scrupule » . Mais d'abord ses victimes étaient-elles si fort à plaindre? £n ce temps-là le peuple « montrait de l'insolence n , ce qui est sa manière de prouver qu'il n'est pas malheureux. D'autre part, les braves de cette sorte risquaient après tout leur vie pour » Tébaudissement de leurs passions » ; tandis qu'à l'époque présente « la tyrannie indirecte et la spoliation par raison démonstrative s'exercent sans faire courir le moindre risque aux précieuses personnes des maîtres de toutes choses n . Sans doute, cet attrait pour le brigand, celte assimilation de l'État moderne à un écumeur de grandes routes, qui n'aurait même pas l'excuse du courage, est bien dans l'esprit du fervent de l'odel, de l'anarchiste préhistorique que nous avons appris à connaître ; comme elle est logiquement dans le sens de certain impëria-

lisme dont nous dirons les tendances. Mais, en ce lieu, une telle apologie du pillage contredit à la fois et tout le bien qu'on nous avait dit des dispositions gouvernementales infuses dans le sang d'Ottar, et les développements qui vont venir sur Todieuse noblesse d'origine purement « militaire » par qui fut malheureusement remplacée au quatorzième siècle la chevalerie féodale. Retenons seulement que Mathieu de Gouroay a laissé un nom connu en Gascogne.

Des souvenirs plus précis et surtout plus durables encore se rattachent à son compagnon d'armes, Robert Knowles, qui fit souche en Bordelais et créa la maison gasconne de Ganolle, dont nous verrons Timportance capitale dans la généalogie du comte. Soldat de fortune et self mademan, bien que Gobineau, poussé par une véritable manie de cousinage, s'efforce de Tapparenter aux nobles Gournay, Robert Canolle devint sénéchal d'Aquitaine; et, parvenu au comble de la fortune, il érigea dans Téglise de Harpley, en Angleterre, un monument héraldique dont le sens nous parait assez mal déterminé, mais qui a joué un rôle prépondérant dans les prétentions féodales des Gobineau. Le comte Joseph-Arthur croit même retrouver dans l'église d'Yarmouth, voisine de celle de Harpley, toute une suite de blasons des descendants d'Ottar. A notre humble avis, cette décoration peinte dont il n'indique d'ailleurs ni l'origine ni la date n'a pas la plus lointaine analogie avec la maison normande de Gournay, et rappelle simplement des maisons anglaises oubliées de la région. Encore une fois, il a trouvé là une nouvelle écriture cunéiforme pour exercer sa sagacité coulumière; et la conviction que lui inspirent ces signes cabalistiques n'a d'égale que l'invraisemblance criante de ses imaginations. Nous reparlerons de ces deux temples, sous les voûtes desquels, si nous ne nous trompons, dut être commencé, au dix-huitième siècle, le rattachement des Gobineau de Bordeaux aux Gournay du Vexin.

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