‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 202 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

a cum Gobino de Gournay, milites » . Remarquons cet ablatif séduisant qui parait écrire en toutes lettres le nom de famille souhaité au dix-huitième par certains parlementaires bordelais, lecteurs probables de la Gallin. Quant à se découvrir des ancêtres Gauvinot, la chose est évidemment bien plus facile, ce diminutif devant être à peu près aussi répandu que celui de Pierret ou de Jeannot. Il existe pour ce genre de recherches peu approfondies une source d'une commodité extrême, dont Tauteur à'Ottar-Jarl a usé et abusé. C'est ce catalogue de revues militaires qui s'appelle « les Monstres » de Gaignières. Là sont alignés sans autre renseignement un nombre infini de noms propres dans lesquels il suffit de choisir avec discernement. Beaucoup de ces hommes d'armes, qui firent monstre un jour, pour justifier les dépenses de leur capitaine, portent le suffixe « de Gournay » , qui indique leur village natal ; or, il existe encore de par la France six communes de ce nom, et peut-être en comptait-on davantage alors. Ceux-là sont naturellement des descendants d'Otlar, mais les Gauvinot ne le sont pas moins. Ainsi, dans les tables du livre de la jurade de Bordeaux, on lit en 1404 u Gobenho, homme d'armes » . C'est a un cinquième Gauvain de Gournay », écrit notre historien, sans même atténuer par un adverbe de probabilité la brutalité d'une telle assimilation ! Non moins Gournay devait être Macé Gauvigneau, notaire et secrétaire du roi en Poitou vers 1460 (quelque chose comme un ministre d*État de nos jours, remarque notre auteur). £t aussi Michel Gavignon, marin sur les côtes d'Angleterre en 1496. En définitive voici Tinterprétation de ces découvertes frappantes. Les Gournay du Beauvoisis, disparus de l'histoire avec Hugues IV, se mettent en marche vers l'Aquitaine, guidés peut-être, au bout de deux siècles d'obscurité, par le renom de leur homonyme Mathieu, sénéchal des Landes; et ils parviennent heureusement vers 1400 avec Gobenho, homme d'armes, dans les rues de la capitale gasconne. Un siècle s'écoule encore sans grande certitude; mais enfin nous abordons de nouveau le terrain solide de l'histoire, délaissé par nous depuis trois cents ans, avec le chapitre intitulé de manière sonore : « Juristes, marchands et soldats. »

LES COBISBàC COMMBHÇàSTS

Il semble que la tranche du milieu soit seule substantielle, bien qu^elle se dissimule entre les deux autres, dans cette sandwich de professions, inégalement décoratives, car les juristes se réduisent à deux notaires, mentionnés en 1504 et 1529, mais dont la parenté avec le comte n'est pas établie par un autre indice que Tanalogie de nom ; et les soldats sont représentés par une unique confusion de personnes, que nous allons réduire à sa valeur. Restent les marchands. Simon Gobineau Tétait sans aucun doute. « Il achetait des draps de laine, dit son petit-fils avec une ironie un peu embarrassée, dans l'intention évidente de les céder à ses amis pour de l'argent, comme plus tard M. Jourdain. » Ce n'est pas nous du moins qui aurons ici évoqué le personnage de Molière ! Cependant, à le voir apparaitre si fort à propos, on se demande un instant si notre Gascon ne sourit pas lui-même dans son for intérieur à Ténormité de ses prétentions et à la naïveté qu'elles exigent de la part de ses lecteurs. Mais non, ne nous laissons pas aller à une telle supposition : nous l'avons dit, la conviction seule pouvait bâtir cet édifice capricieux, ce château si congrûment établi sur les frontières de l'Espagne.

D'une même haleine, voici qu'on nous donne le précurseur du Bourgeois gentilhomme pour un guerrier fougueux. Car les Monstres du complaisant Gaignières fournissent un nom analogue en quelque chose à cehii de Simon Gobineau, et pour faciliter les assimilations les plus hasardeuses, on nous affirme que lui-même écrivait le sien de dix façons différentes. Donc, à Marmande, en Agénois, le 23 septembre 1513, on constate dans la compagnie de M. de Lautrec un militaire de nom approchant, qui m est parvenu au grade d'homme d'armes (1) » .

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