‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 203 sur 230 · CHAPITRE V 3ÎÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE V 3ÎÎ

<^e ne peut être que notre Simon. Soit; mais, objectons-nous timidement, la même année Gobineau le bonnetier apparaft <]ans un acte notarié à Bordeaux. G^est donc, dit le comte, qu'il avait quitté le service militaire et, « suivant l'exemple de plus •d*un héros de ce temps, de soldat s'était fait marchand. » •Soit! Mais encore Simon Gobineau se montre commerçant le 14 janvier, et militaire le 23 septembre; comment donc était-il ■à cent lieues de sa boutique pour la revue de Marmande. C'est, riposte son petit-fils, que, tandis qu'il se livrait à des spéculations sur les draps, il continuait le métier militaire. C'en est •trop cette fois! N'est-il pas plus simple d'avouer que ces deux fantômes incertains, dont on ne connaît pas autre chose que le nom, n'ayant rien eu de commun ici-bas, sont confondus seulement dans l'imagination du descendant de l'un d'eux, et du moins martial, par malheur?

L'héritier de Simon, Jacques Gobineau, commença d'enrichir la famille et devint jurât de Bordeaux. « Il vendait du velours noir, jaune, violet, cramoisi, du burfjau de Paris, du taffetas, du damas, des passementeries, du papier (1). » II était aussi banquier, préteur sur gages, et porta sans doute les qualités inébranlables des descendants d'Ottar dans ce genre d'activité; mais nous sommes assurés qu'il ne dépassa jamais le taux légal pour l'intérêt de ses avances, car son petit-fils l'aurait dit sans faute et eût tiré vanité au profit de la race de cette pratique utilitaire; nous le verrons en effet hasarder tout à l'heure des aveux plus délicats. Une des filles de ce Jacques, ayant épousé un Boucault ou « de » Boucault, qui devint un personnage assez important par la suite, s'intitula dans les actes Marie de Gobineau. Mais, bien qu'à partir de ce moment le comte dote ses ancêtres du de dans son récit, on voit, par les actes qu'il reproduit textuellement, que quelques générations se passèrent encore avant qu'ils prissent en effet la particule. Lui-même constate, du reste, que cette « mode » s'établit au début du seizième siècle (2), et qu'on n'y a mis d'im-

(2) M. le vicomte d'Âvenel, dan.4 son livre ti vivant sur la noblesse française an temps de Richelieu, signale, au dix-septième siècle, de la Chassaigne, tanneur;

portance qu'au dix-neuvîème. Quant à ranoblissement, il n y en a nulle part de signalé pour les Gobineau; mais on voit que leur gendre, Boucault, « avait été anobli par Henri III, qui ne s* informait jamais si cette mesure était ou non nécessaire, agréable ou fâcheuse. » Nous voilà fixés : elle eût été fâcheuse aux descendants d'Ottar, chevaliers de la conquête, et, sans doute, ne se produisit pas pour eux.

Etienne Gobineau maintint à peu près le rang de la famille sans Taugmenter; par suite de son mariage avec une Massip, d'ancienne famille bordelaise, il s'établit à Izon, bourg voisin de la ville, qui sera désormais la résidence d'été des Gobineau et jouera un rôle assez important dans leur histoire. Ils y possédèrent une maison, encore existante, longue, basse, assez modeste, semble-t-il, d'après la description qui nous en est faite; et ils devinrent bientôt syndics, ou plutôt « Grands syndics héréditaires » du bourg, ainsi que notre homme préféra intituler ses pères. £t le voilà portant aux nues cette dignité de maire de village : les Foix Grailly, « captais » de Buch, ne voulaient pas d'autre désignation, et du Gange assimile aux a comtes » ces syndics, donnant ainsi la mesure de l'estime dans laquelle les gens du Bordelais tenaient leurs anciennes libertés (romaines évidemment). Cette assimilation ne seraitelle pas l'origine du titre de comte, qui n'est pas donnée pai ailleurs? Quoi qu'il en soit, Etienne Gobineau joua un certain rôle dans la Saint-Barthclemy gasconne, où périrent, disent les protestants, deux cent quatre-vingt-quatorze personnes. H parait que tous les meurtriers catholiques étaient voisins, amis, clients ou parents d'Etienne. Quant à lui-même il se réserva pour une occupation plus pratique : « Peut-être pillat-il. Ce sont les huguenots qui le disent. Suivant eux, il se fil donner force rançons, et tout ce qu'il y avait en fait de meubles et de tapisseries passa des maisons des huguenots dans la sienne (I). » Enfin, voilà donc le sang d'Ottar qui se révèle, et rinstinct utilitaire du conquérant du pays de Bray qui refleurit !

.\. de J^uynes, Ch. de Marigny, barbiers-étuviâtes^ Mathieu de Moncheny et Simon de Séqueville, apothicaires, etc.

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