‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 204 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ajoutons qu^ici, pour comble de satisfaction, nous allons peut-être contempler pour la première fois un Gobineau authentiquement soldat (1). Parmalheur, les indications qui se rapportent à ce Bernard Gobineau, frère (?) d'Etienne, sont aussi vagues que contradictoires. Gaignières entre une fois de plus en ligne, avec différents noms plus ou moins propres à s'appliquer au même personnage, et nous avons appris à nous défier des assimilations hardies de son client ordinaire. En outre, on nous indique, en note, qu'en 1577 Bernard n'avait pas encore vingt-cinq ans, et qu'il eut pourtant un filleul dès 1522, « étant encore très jeune garçon (2), » il est vrai. Fort jeune en effet; pour noter un pareil âge, il faudrait employer des quantités négatives comme en algèbre, et dire que ce parrain avait a moins trente ans » tout au plus. Passons cependant, avides que nous sommes de connaître les exploits de ce brave qui porta, dit-on, le titre de capitaine de La Roque- Tombebeuf. Et nous pouvons attendre de lui des aventures dignes d'un Artagnan, car son nom seul, prononcé congrûment à la bordelaise, ferait reculer l'ennemi. Cadédis! Oui, le capitaine « n'était pas d'humeur à entendre parler de combats ou d'escarmouches sans en raconter aussi sa part ». Il ne s'agit pas tant de la prendre, que tout d'abord de la raconter, notonsle bien, car nous sommes sur les rives de la Gironde. Donc, le 10 août 1577, le capitaine de La Roque-Tombebeuf achète de son frère (?) Etienne, par-devant notaire, deux courtauds, bien harnachés de bons harnais en bon état, pour cent soixante écus d'or, a Ceci fait, Bernard partit pour la guerre, n Et c'est tout ; l'épopée finit là ; l'on ne sait rien de plus précis sur ce héros. L'imagination n'en est que plus à son aise, en revanche, et, tout à l'heure, retrou vant dans Gaignières quelques paysans natifs des différents Gournay de France, le petit-neveu du capitaine ajoutera avec le plus grand sérieux : « Il est à croire que ces soldats n'étaient pas fort attirés par la grave fréquen* tation de M. de Massip, ou de M. de Bare (alliés des Gobineau),

mais ils pouvaient s'entendre à merveille avec le capitaine de La Roque-Tombebeuf. » Ils le fréquentèrent donc! La possibilité Cait toujours la preuve aux yeux du comte ; et ce furent sans doute, dans les corps de garde de Toctroi de Bordeaux, après Texamen de quelques futailles suspectes de fraude, de belles conversations entre cousins sur les hauts faits d*Ottar-Jarl. Etienne Gobineau lui-même devint « capitaine de la garde bourgeoise » de son quartier, et en conséquence « fit tout autant, sinon plus, le soldat que le négociant ».

LE8 GOBIKEAU LKRICHIS

Cependant comme les Gobineau vont bientôt s'élever réellement à Taisance et à la fortune, il est temps de préparer leur restauration dans le rang qui leur fut toujours dû. Aussi se place en ce lieu une bien curieuse théorie, qui, tandis que celle de la perpétuité des qualités de la race dans la ligne masculine sonnait tout à Theure la déroute du principe fondamental de VEssaiy vient ici, sous prétexte d'en restaurer quelque peu la portée sociale, renverser en revanche tous les préjugés politiques du comte sur le temps présent. Elle fournirait en effet, nous allons le voir, le meilleur moyen de justifier, par raison aryaniste, le triomphe du tiers état dans les derniers siècles de la monarchie française, Taccession de la bourgeoisie aux grandes charges de TÉtat sous Louis XIV, enfin les réformes sociales de la Révolution française.

Que constatons-nous en effet à partir du seizième siècle, dit notre homme? M. de Guise, M. de Goligny ou M. de Montluc, tout ce qui est gentilhomme de province (?), se met à courtiser un plus riche que lui, et les choses arrivent à tel point que, la mode inventant les gentilshommes « domestiques » , c'est Madame la Présidente, ou Madame la Conseillère (ce dernier titre sera, au dix-huitième siècle, celui des

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