‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 205 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

dames de Gobineau) qui font (aire leure commissions, porter leur livre d'heures par le gentilhomme payé à cet effet; et ce gentilhomme qui les estime peu, les sert pourtant. Or, tandis que se manifeste cette « rage de la noblesse pour la domesticité », que fait la bourgeoisie? Elle met la main aux plus importantes fonctions, elle crée la puissance des Parlements, elle crée la science, elle crée en vérité un ordre civil! Ah! nous permettons-nous d'interrompre en ce point, si Augustin Thierry pouvait revenir à la lumière, quelle joie pour cet ami du tiers que Téclatante conversion de son ancien adversaire! II est vrai que celui-ci donne des motifs différents à son enthousiasme. « La raison de cette double anomalie ne doit pas nous surprendre. » La noblesse famélique et pauvre, qui commence au quatorzième, ne provenait en grande partie que des routiers. Nous le savions, et que tant qu'ils ne sont pas Gournay ou Mélac, c'est-à-dire parents des Gobineau à quelque titre, ces pillards demeurent dignes de toute exécration. Une telle aristocratie avait pu prendre la première place dans des circonstances calamiteuses, mais elle se montra absolument inhabile à la conserver. Rapidement « le fruit des pillages de l'ancêtre récent » avait été dissipé, et, une pente naturelle la ramenant au niveau de son tempérament héréditaire, elle retournait à la servitude d'où elle venait.

En revanche, la bourgeoisie factice produite par les événements (entendons ici les descendants d'Ottar), mêlée à cette autre bourgeoisie ancienne, d'origine germanique ou aquitaine (ce sont les citoyens de Bordeaux qui eurent l'honneur de fournir des épouses aux Gobineau), qui n'avait rien de bien humble, tout au contraire, ces vrais descendants des races dominantes a n'avaient nullement demandé dans leurs jours d'infortune à s'abaisser davantage » ! Voilà un sentiment bien particulièrement aristocratique! Ils avaient réagi pour tous les moyens que procure l'activité contre la mauvaise fortune. Et, quand le seizième siècle prit fin, ils étaient en général remontés, sinon à leur rang primitif, du moins vers les confins des premières classes de la société. On a dit que la noblesse française dans sa généralité n'atteignait pas plus haut que le

AOé LE COMTE DE GOBINEAU

seizième siècle; c'est qu*on nV a pas regardé d'assez près. La noblesse qui^ à ce moment, commençait à disparaître n'était pas la vraie noblesse, mais une « intrusion, une invention, une institution, non un fait de nature. La vraie noblesse, un moment éclipsée, reparut alors dans son apparence sans avoir jamais perdu sa qualité. Et, ce qui la pressa de reprendre sa place^ ce fut en partie la vraie et humble classe moyenne qui la trouva trop brillante pour la conserver dans ses rangs. Les familles autrefois ruinées, maintenant relevées, n'eurent plus qu'à penser aux honneurs et aux contentements : elles cessèrent de tenir à s'occuper du commerce. On renonça enfin à se dire naïvement d'un trait de plume « écuyer, bourgeois et marchand n , ce n'eût pas été d'un homme du bel air » . Les Gobineau n'eurent pas du moins à se faire ce reproche, car ils n'avaient jamais été jusqu'à trancher de 1' « écuyer » !

Ainsi, s'il entraîna toute la noblesse germanique dans l'aventure des Gournay au douzième siècle, leur héritier fait du moins participer toute la haute bourgeoisie moderne à la secrète illustration du sang des Gobineau enrichis au dix-septième; il éclaire libéralement le tiers état dans son ensemble aux rayons de cette famille « trop brillante ». Et ce qu'il y a de particulier, c'est qu'en cette thèse, dont les motifs personsonnels sont si patents, il a rencontré encore, peut-être créé pour une part, l'un des grands courants de l'aryanisme contemporain; que, là aussi, dans sa risible vanité de parvenu, il s'est montré précurseur et a trouvé, nous le verrons, des héritiers empressés à recueillir cette portion de son bien ou des disciples plus ou moins conscients de leur emprunt.

Deux générations s'écoulent pourtant encore après Etienne Gobineau, sans jeter ce grand éclat que nous attendons toujours. Notons un curé d'Izon, venu fort à propos nous montrer tt ce qu'était alors une carrière ecclésiastique qui ne tenait pas à l'épiscopat « ! Et pour cause, sans aucun doute, pense le lecteur à cette précaution oratoire, de même que le capitaine de La Roque-Tombebeuf ne tenait pas au maréchalat. Le bon prêtre de village « voulait concilier le service de Dieu avec le goût des habitudes domestiques » . A ses côtés, voici un certain

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