CHAPITRE V
descendant d'Ottar (1). Mais non, Il garde un front sévère à ces mérites dépourvus de parchemins; de là, dit-il, de ces femmes de sang probablement fort mêlé, proviennent les perturbations dans Tunité du type. « Le côté nuisible des situations humbles comme celles où sont tombés les Gournay n'est pas dans le déiiuement, ni même dans le défaut de culture qui en est la suite; des tempéraments naturellement vigoureux traversent ces crises sans s'y perdre. Ce qui abaisse toutes les races et finit par mettre à néant les races déchues, ce sont les mésaU liances, non pas de fortune, mais de sang. Une famille se perd en épousant une fille de rien qui lui apporte des millions... C'est un alliage fâcheux, pour le sang primitif, qui, bien difficilement, bien rarement, peut en arrêter les effets délétères. «
Bonnes dames de Gobineau du temps jadis, votre petit-fils n'a pas gardé à votre mémoire une piété tout à fait tendre. Et pourtant, du haut de leurs cadres poudreux, vos images effacées, dans leurs atours provinciaux, lui souriaient néanmoins avec indulgence; tandis que vos lèvres où le rouge pâlit, gardant Texpression gaillarde qui sied aux rives de la Gironde, chuchotaient bien bas entre voub : » Pirate norvégien peut-être, mais assurément cadet de Gascogne. Et le second vaut bien le premier, sandis! » Puis, à défaut de sang norvégien, ne restet-il pas pour Tillustration de la race qu'un Méridional aura la gloire d'avoir porté au plus haut point de perfection la théologie du septentrionalisme !
Revenons aux derniers ascendants directs du comte. Les deux femmes de tête que nous avons nommées ne travaillèrent pas en vain; le petit-fils d'Isabeau de Jeannet, Pierre-Joseph de Gobineau, qui mourut fort âgé en 1788, devint conseiller à la cour des aides; et il épousa Louise Dumas de Fontbrauge, dont la mère était une CanoUe, donnant ainsi pour ancêtre,
(i) Pliu clairvoyant que son neveu, Thibault-Joiepb. de Gobineau, l'oncle orif>ioal du comte Arthur, dont nous avons dit Tinfluence sur sa jeunesse, « s'était pris pour sa mère (Victoire de La Haye)^ d*inh& passion qui dura autant que sa vie, parce que, l'ayant vu tomber de chevsè am: le pavé de la cour, elle lui avait dit froidement : « Vous ètes-vous fait mA monsieur? — Non, ma cnère. — Hé bien, remontez! >• (P. 415.)
bien authentique cette fois, au comte Joseph-Arthur le yalcureux Robert Knovvies. A la génération suivante, Thibault- Joseph fut conseiller au parlement de Bordeaux, et, encore enrichi par sa femme Victoire de La Haye, il bâtit « cette grande maison située à Textrémité des allées de Tourny, qui porte son nom, aussi bien que la rue qui la touche » .
Enfin, ce Thibault-Joseph eut deux fils. L'un, le père du comte, Louis, dut montrer un de ces tempéraments a doux et lymphatiques n , que son fils, après le lui avoir imputé à mots couverts, considère comme le résultat de néfastes immixtions féminines dans la race d'Ottar. L'autre, Thibault-Joseph II, fut Fonde original dont nous avons dit Tinfluence sur son neveu ; et, contrairement à son frère, il eut l'existence la plus mouvementée. Dans son enfance, il avait tenté de mettre le feu au collège de Guyenne et en avait été renvoyé pour cet exploit; plus tard, grand chasseur, grand ami de tous les contrebandiers pyrénéens, il fit la guerre en Espagne sous Dugommier, sans vouloir accepter aucun grade. Un jour, monté sur une simple barque, il aurait capturé presque seul un brick anglais. On le voit, c'est le capitaine de La Uoque-Tombebeuf racontant enfin quelques aventures par la bouche d'un de ses arrière-neveux. Après le 9 Thermidor, il assista et « peut-être prit part » au meurtre d'un des plus méchants jacobins de la ville de Bordeaux, qui fut tué à coups de pistolet sur les marches du théâtre; et, dans sa vieillesse, fort lié avec Talleyrand, il passait tous ses étés à Valençay, jusqu'aux événements de 1830, qui le brouillèrent avec le prince. Cet aventureux chevau-léger^ qui tenait de sa mère, n'avait-il pas toutes raisons pour se croire fermement du sang d'Ottar, une fois cette idée éveillée dans son cerveau? Nous considérons comme son œuvre propre la généalogie que nous venons d'esquisser de notre mieux, et qui agit si profondément sur l'esprit impressionnable de son neveu.