‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 208 sur 230 · CHAPITRE V 4C · texte numérisé non relu

CHAPITRE V 4C

OniGISE ET FONDEMENT DE LA PRETENTION SCANDINAVE

En effet, parvenus au terme de ce long et fastidieux exposé, il faut nous interroger une dernière fois sur Fidée fondamentale qui le gouverne, c'est-à-dire le rattachement des marchands et parlementaires bordelais aux grands barons féodaux du pays de Bray. Cette idée est si inattendue qu*elle en parait tout d'abord véridique ; car la réalité seule offre des combinaisons à ce point bizarres. Mais non, trop d'impossibilités viennent à la traverse, et d'ailleurs il est loisible, au prix de quelque attention, de débrouiller Técheveaucomplaisamment emmêlé par des mains intéressées; quitte à présenter comme hypothèse les résultats d'une analyse rendue plus difBcile par les obstacles que notre guide unique a soigneusement accumulés sur notre route dans Tinconsciente habileté de la conviction qui ne raisonne plus. Oui, pour l'appréciation même de sa thèse ethnique, le secret du caractère de Gobineau veut être éclairci; est-ce le sang ou l'imagination qui parle en lui? M. Schemann a-t-il bien le droit d'écrire sans hésitation de son protégé le a gentilhomme normand »? Et Wagner ne s'abusa-t-il pas, comme son ami, le jour où il lui présenta ses œuvres complètes avec cette dédicace (1) :

Normann iind Sachse

Das wàr ein fiund

Das bltihe und wachse

Wai» noch gesund.

Si Ton pouvait admettre, comme l'historien d'Ottar-Jarl tend sans cesse à l'insinuer, sans jamais d'ailleurs le dire en propre termes (2), qu'il existât une véritable tradition dans sa famille

(i) Citée pur M. Schuré : • Wa^rner intime » (dans la Aeuue bleue da S4 mai 1902). • Normand et Saxon, cela ferait une alliance, pour que fleuriste et pros* père ce qui demeure encore en lanté. »

(2) A le lire sans grande attention, on croirait bien rencontrer parfois cbex les orfèrres et bonnetiers de Bordeaux quelque réminiscence de leur illustra

sur les origines normandes de la race, il serait permis dV ajouter quelque foi, quand même la preuve palpable ferait défaut sur ce point; moins sévère qu'un d'Hozier, le lecteur accepterait une filiation aujourd'hui sans autre portée qu'une indication psychologique. Mais on n'aperçoit jamais la mention précise d'une pareille tradition, qui* eût été pourtant signalée avec un soin jaloux, si elle s'était traduite en paroles ou en actes. Tous ces marchands de la rue Sainte-Colombe, tous ces hobereaux du bourg d'Izon auraient dit quelque jour : « Mon aïeul Ottar ou Gournay ; mes armes antiques. • 11 n'y a nulle trace de cela. Les armoiries, ces trois corbeaux symboliques, qui tiendront leur place dans le poème à*Amadis et semblent croasser sur le cadavre de l'humanité ariane, apparaissent pour la première fois avec Pierre-Joseph de Gobineau, mort en 1788; on ne dit pas qu'elles aient été accordées ou enregistrées; elles sont à la fois le premier symptôme et le fondement ultérieur de la prétention. C'est qu'elles se retrouvent en efiFet dans l'église d'Yarmouth, où une vague tradition parait les rap porter à des alliés des Gournay anglais.

Or, à notre avis, voici comment s'explique leur adoption soudaine : Pierre-Joseph de Gobineau avait épousé, nous l'avons dit, une Dumas de Fontbrauge dont la mère était une Canolle. Cette première alliance effective avec la noblesse gasconne ayant monté leur imagination, ces riches bourgeois bordelais, obéissant à une tendance dont il existe des exemples innom* brables en ce temps, se cherchèrent des ancêtres au prix des plus grandes invraisemblances. Précisément, sur le portail de l'église paroissiale d'Izon, dont ils étaient syndics de père en fils, on voyait des armes sculptées : un o paie de six pièces « , sans couleurs appréciables. Ce très vague blason se trouvait être à peu près celui de Mathieu de Gournay, sénéchal des

origine. On Toit par exemple (p. 319) deux Gournay figurer parmi let commensaux de Jacques Gobineau vert 15(M), mais ce sont des commensaux supposés. Regardez de plus près, le récit est entièrement dobiUiif sous sa forme directe : la source est nulle. Le comte a lu tout simplement ces deux noms de Gournay dans Gaignicres, vers la même époque, et d ^ailleurs aux deux extrémités de la France. Les relations insinuées demeurent une pure possibilité entre contemporains, un rére fourni par l'imagination complaisante de ThistoiieD.

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