‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 212 sur 230 · CHAPITRE VI A\b · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI A\b

langue; et notre sentence doit être sévère sur ce point. Gobineau a toujours écrit médiocrement en vers ; ^'amais toutefois il n^avait étalé la négligence, le laisser aller, qui éclatent dans les improvisations d^Amadts. Certaines qualités de fond y peuvent être discernées, et nous leur accorderons à l'occasion la justice qui leur est due; mais Gobineau lui-même se rendait fort bien compte de la faible popularité qui attendait son oeuvre, puisque, écrivait-il à M. de Hertefeld, quatre personnes seulement la devaient comprendre : son correspondant d'abord, puis la comtesse de La Tour, Tempereur dom Pedro d'Alcantara et enfin son vieil ami de Francfort, M. de Prokesch- Osten.

Arrêtons-nous donc à exsLmiiier A madis^ non sans doute pour sa valeur intrinsèque, qui ne justifie pas une semblable perte de temps, mais pour mettre la dernière touche au portrait moral du comte, et aussi pour prévenir charitablement ses admirateurs d'outre-Rhin que la réputation de leur goût souffrirait d'une admiration trop obstinée en cet endroit; qu'ils s'égarent à suivre, béants, leur ménestrel sur les croupes brumeuses de son Parnasse de carton peint.

C'est un phénomène intellectuel bien fréquent que celui qui ramène dans la vieillesse les impressions de la petite enfance, non seulement parées de toute leur vivacité première, mais encore auréolées par la poésie de l'irrévocable, éclairées dans notre souvenir aux rayons joyeux d'un matin dont ne sourira plus la grâce discrète. Gobineau retrouva parmi les tristesses de ses dernières années la mémoire de ses plus naïFs enthousiasmes d'adolescent. A l'exemple de Don Quichotte, qu'il aimait, il avait bercé par la lecture des romans de chevalerie son imagination juvénile, en ces heures de la Restauration où les fervents légélimistes de son entourage cultivaient un romantisme de pacotille et élevaient derrière la monarchie chancelante un décor pseudo-gothique cl troubadour. C'est donc l'aryanisme encore, mais sous son aspect le plus vieilli, le plus démodé, le plus artificiel, que l'apôtre souvent éloquent de cette doctrine va nous présenter comme le résumé d'une existence d'étude et de réflexion. 11 dira ce vieux manoir dans

lequel un « tout jeune homme « s'oubliait au coin du feu à évoquer Amadis^ Gauvain, Oriane.

Comme l'enfant tournait la page Et «'arrêtait, songeait, pensait, Il entendait sous le bocage La chevauchëe : elle passait.

Il connaissait chaque visage, Chaque dame il la connaissait.

Il suivait des yeui Oriane, Voyait sa forme diaphane Qui dans la vapeur s'effaçait...

Son cœur battait et s*ëlançait.

A la fin, il n'était plus maître De sa résistance aux abois Et, descendant par la fenêtre.

Joignait ses amis dans les bois...

A la tournure, à Torthographe de leurs noms, on les reconnaît, ces amis, pour les aimables créations de Texcellent comte de Tressan, Tun des plus goûtés parmi les adaptateurs des romans de chevalerie, vers la fin du dix-huitiéme siècle. Ses œuvres complètes venaient précisément d'être rééditées en 1823, sous le patronage du roi Louis XYIII, et Ton imagine sans peine le jeune Arthur de Gobineau, penché sur le captivant récit des aventures d'Amadis de Gaule, le Donzel de la Mer, apprenant à y connaître Galaor, Gandalin et le roi Lisvart, Oriane et Urgande la Déconnue. Seulement, il est permis de s'étonner que a dans une maison basse « (peut-être celle du bourg d'izon)

Un homme maigre au front blanchi.

Ayant beaucoup lu, refléchi...

se soit pris avec une surprenante ardeur à suivre de nouveau le cortège de visions ethérées, la menestraudie qui repassait dans son imagination toujours active; et surtout qu'il ait reconnu dans ces fantômes musqués les antiques dieux de la race ariane. Pourtant ces créations du génie celtique et breton, que M. de Tressan avait interprétées fort librement et sans scrupules érudits d'après une version castillane, issue peut-être

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