CHAPITRE VI
même d'une rédaction portugaise, s'étaient chargées au passage de maint élément romanesque, où Taryanisme n'a rien à démêler. La Harpe en vantait a la galanterie aimable, la décence d'expression » , et Ottar-Jarl eût peu goûté sans doute ces fadeurs méridionales. IJ'Amadîs de Gobineau en est pourtant sorti, surtout dans sa première partie, qui affiche la prétention de peindre l'humanité ariane dans sa fleur; et Ton ne s'étonnera pas que les héros du poème fassent songer, en bien comme en mal, à ceux de l'Hidalgo de la Manche, ou même aux bergers des rives du Lignon.
J'aurai fait cet exploit de composer ici La dernière chanson de geste,
dit l'auteur du poème; mais c'est une chanson de geste au goût de 1830; la Muse d'Amadis a trop souvent l'aspect d'une jeune châtelaine, sortie tout équipée d'un roman de Mme de Duras, et qui songerait à ses aïeules, accoudée sur une terrasse ogivale moderne, son chapeau bleu ciel aux larges ailes paré d'un flottant panache blanc, sa robe de mousseline immaculée coupée par une vaporeuse écharpe de faille arc*en-ciel ; tandis que ses lèvres fredonnent peut-être l'aventure du jeune et beau Dunois partant pour la Syrie, en dépit des souvenirs bonapartistes qui s'attachent à la musique du morceau.
Nous avons médit du style d'ilmae/15; justifions d'abord notre critique par l'indication de ses défauts; ce sont la puérilité inconsciente, la désinvolture affectée et parfois légèrement ridicule, l'impropriété souvent, la négligence partout; négligence qui permet encore d'heureuses trouvailles à un esprit naturellement doué, mais qui le laisse aller en revanche à des chutes soudaines et presque risibles. Nous tirons quelques exemples des toutes premières pages du livre, auxquelles l'auteur a eu le loisir de mettre la dernière main.
... à la forêt prochaine Demeure un mécréant dont mon père est captif. Sans pitié pour son àçe il relient ce chétifî
Amadis et la dame, ayant pris sur la droite <, S*engag[èrent d*abord dans une sente étroite.
4lg LE COMTE DE GOBINEAD
Qu'y a-t-il de coupable â ce que Ton attrape,
Soit par ruse ou par force un prix qui vous convient.
Il atteignit la porte, et, sans savoir comment^ Cet obstacle entre eux deux se ferma brusquement
Et la porte massive
Sur te% gonds palpitants D'elle-même s'ouvrit toute grande, et, moins vive Que morte j la tourière, allant comme le vent. Cria : • La fee Urgande envahit le couvent. •
Et ce congé d'une maîtresse à son amant.
Je te vois tout à plein. Assez longtemps moque Mon cœur te dévisage et te tient démasqué. Plus un mot, c*est assez, c'est trop, je te le crie! Va-t'en, je te l'ordonne, et même je Ven prie 1
Ou encore cet aimable encouragement de la fée !
A mon aspect est-ce qu'on tremble?
Inspirons-nous chagrin, frayeur?
Vous paraissé-je redoutable? Ma compagne est épouvantable ?
Vous connaissez plus belle ailleurs?
Ces réserves n'indiquent de notre part aucune propension à dénigrer de parti pris un talent pour lequel nous avons assez montré par ailleurs notre estime et notre sympathie. Il s'agit simplement de ramener à de plus justes proportions certains enthousiasmes trop disposés à s'égarer par des chemins hasardeux; car le lecteur, fourvoyé à leur suite, ferait peut-être porter à leur protégé la peine de leur indiscrète partialité et reviendrait précipitamment sur ses pas, sans regarder derrière lui. Ce serait dommage, l'excursion étant agréable et profitable en effet, à la condition d'y porter quelque discernement.
Ce tribut payé à la vérité, nous avouerons même volontiers que la première partie d*Amadis, dont l'ambition est de peindre la société ariane, ou plutôt féodale, dans son enfance insoucieuse et dans son éclat sans mélange (1), offre une belle jeunesse
(1)11 seiubleraic, d'après le biographe B... de V Essai, que ceUe première partie, écrite à Stockholm, fut considérée d'abord comme un tout par son auteur, qai n'aurait songé que plus tard à lui donner une suite ethnique et satirique.