CHAPITRE VI
d'allures, un franc mouvement méridional, une verve de gaieté vraie, à peine un peu forcée parfois : toutes qualités qui plaisent dès qu'on a pris son parti des défauts d'expression que nous avons dits. Galaor a des pétulances d'écolier qui sentent le voisinage de Tarascon. a Faisons du bruit, » clament les amis de Tartarin.
Vivons, mon Gandalin, chantons, faisons la guerre Bien moins pour le triomphe encor que pour le bruit !
Et voici qui rappelle les matamores de la comédie espagnole. Nos héros s'arrêtent un instant dans leurs exploits.
... Pour le coup, nous restâmes.
Il me semble, huit jours avec elle et ses dames. Non ! deux jours seulement. Encor pour la raison D'éviter quelque peu le chaud de la saison !
Avouons que l'aurore boréale, complaisamment décrite en souvenir des impressions norvégiennes de l'auteur, doit s'étonner grandement d'avoir à éclairer d'aussi joyeux compagnons. Et il est juste que la Grèce, leur parente ethnique, soit décidément réhabilitée en compagnie des combattants de Salamine, a des morts de ce grand jour, » que l'historien des Perses avait si mal traités.
N'est-ce pas là qu*on voit, à Tentour de l'autel, Bondir, transfigurés par ses vœux intrépides. Et le divin Eschyle^ et ses soldats rapides.
Et toi, divine Atbène^ Athène, Athène, Athène, Béni soit le rempart de ta cité hautaine...
L'ensemble des six premiers chants d^Amadis forme donc un agréable pastiche où passent des enchanteurs odieux, luttant contre des chevaliers sans peur au moyen d'armes magiques, qui se montrent entre leurs mains, tantôt souverainement efficaces, tantôt piteusement impuissantes, sans aucune autre raison plausible que le gré de l'auteur et le plaisir de l'auditeur, désireux de voir enfin triompher la vertu. Oriane, l'héroïne de sang pur, nous parait un peu brusque et médio*
crement féminine; mais Briolanie, sa compagne, a une belle explosion d'aryanisme égalitaire.
Je ne suis pas princesse et n'ai pas de couronne.
Mais mon sang vaut le tien et mon nom vaut ton nom.
J'en atteste mes yeux à la flamme implacable,
La blancheur de mon teint et mes cheveux dores.
C'est là de mes aïeux le don irrévocable.
Nous sommes vos égaux, bien que moins entourés.
Les caractères anthropologiques de TArian germain sont ici une fois de plus adroitement atténués; mais les traits moraux qu'aime à lui prêter son fervent n'en sont que plus vigoureusement accentués par contraste. Enfin, nous signalerons quelques allusions wagnériennes qui témoignent des liens affectueux noués avec le maître de Bayreuth. La musique viendra, sinon régénérer le monde, car Amadis ne fait espérer rien de tel, bien au contraire, du moins consoler sa décadence, en compagnie du christianisme sans doute. Et Tannhauser^ en particulier, se voit venger des dédains de TOpéra parisien.
Alors mes enfants, c'est la chevalerie (i) Qui revient et prend soin de la plante flétrie. Quels sublimes concerts... Les grottes du Taunus Pressent le ménestrel dans les bras de Vénus.
La seconde partie du poème a pour objet de peindre, après les Arians purs, les métis demi-arians conservant quelques qualités encore, mais près de s'abîmer dans la fange où les précipitent les erreurs ethniques de leurs pères. Ces pages sont certainement supérieures aux précédentes, même au point de vue du style, parce que les thèses sociales de Fauteur y reparaissent, et qu'atténuées, modifiées, contredites enfin au gré de ses impressions du moment, elles apportent pourtant dans 1 ensemble un reflet d'originalité tout à l'heure absent; la langue profite pour sa part de ce progrès et, sans jamais s'élever bien haut, rencontre des réussites de détails. Au total, le comte parait mieux inspiré par sa haine des réalités mo-
(P P. 70. Ce vers de onie pieds est indigne d*ua si noble objet.