CHAPITRE VI
demes que par sa passion pour les fantômes anciens. De même que, dans VEssai, il n'avait pu définir nettement la race blanche, il ne parvient pas, dans Amadis, à fixer les traits du véritable chevalier : car son héros n*est pas un homme, c'est une abstraction, souvent incohérente et contradictoire. Mais, en revanche, il peint fort heureusement un parvenu césarien dans Théophraste, empereur de Nicée; une femme orgueilleuse, perfide et sans scrupules, dans Viviane; un amoureux qui se méprise lui-même sans parvenir à rompre la chaîne d'une indigne passion, dans Merlin. Les allusions fréquentes à la politique contemporaine disent assez Tamertume profonde dont Tàme du poète se montrait de plus en plus pénétrée. Voyez Tempereur Théophraste de Nicée, qui a la ressemblance de Napoléon III. Ce « soldat parvenu, sans ancêtres » , n'a pas a coupé le cou des anciens rois » , parce que d'autres s'en sont occupés pour lui; il prétend n'aimer ni l'orgueil ni le faste et faire bon marché du rang; mais, « en vérité pure, il goûtait la bassesse. »
Un jour on s'en vint le prier.
Puisqu'il était si fort, de sauver les boutiques. Les truands menaçaient d*y remuer les mains. Alors par beaux décrets et votes authentiques
Il fut empereur des Romains.
Cette satire montre quelque ingratitude, car, vers 1850, Gobineau fut un des premiers à applaudir aux coups d'État, accepta sans hésitation de servir le nouveau régime et le flatta même dans son Voyage à Terre-Neuve, Il est vrai que les événements de 1870 avaient passé depuis lors sur ces acceptations, plutôt résignées.
La République n'est pas mieux traitée naturellement, et l'on pourrait reconnaître son premier président dans
... Un fourbe, un cuistre, Un avorton au front sinistre Qui nous mit à bas un beau soir, Jurant que c'était par devoir.
Enfin, la monarchie légitime elle-même reçoit sa part de
reproches et se voit expressément reniée par ce puriste, dont elle ne satisfait plus les aspirations autocratiques, si peu arianes cependant.
Même ces rois sacrés, comme il s*en trouve encore. Ces rois, issus des rois qu'un nom divin décore Et qu*nn sang^ descendu des sommets les plus purs Pour le maintien constant des libertés humaines^ Animerait toujours des qualités germaines^ Même ces rois sacrés ne sont pas restés 8Ûrs««.
Us ont dit : C'est au mieux, gouvernez, gens habiles (i). Nous ne serons que rois : on ne peut tout avoir.
C'est ainsi que notre ultra s'insurge encore contre la charte et les garanties constitutionnelles au déclin du dix-neuyième siècle ; pourquoi donc tant admirer ailleurs l'autorité précaire du chef arian et les immunités inscrites dans la constitution anglaise?
Aussi les âmes fières
Ont brisé leurs lisières,
Ont rompu les barrières Qui les attachaient (?) à ces rois.
Et ne reconnaissant personne, Ne servant trône ni couronne...
Elles ne livrent à pas un La liberté de leur pensée.
C'est bien l'aryanisme indiyidualiste des Pléiades, désormais sans discipline, sans cadres précis, et fort en danger de se perdre tantôt dans le bleu du ciel attique, tantôt dans les brouillards du cercle polaire.
Mais, plutôt que la dernière profession de foi politique de l'auteur, dont la portée est peu considérable, il est intéressant de chercher dans le chaos mal ordonné des parties inachevées d^Amadis ses conclusions suprêmes sur les problèmes ethniques et sociaux qui ont occupé son existence entière.
Voici l'art, par l'exemple, sur lequel nous avons toujours eu peine à saisir son jugement véritable : est-il artisan de déca-