CHAPITRE YI 4â
dence, en conséquence de Timmixtion nègre, ou instrument de culture morale, en vertu de Tapport blanc prédominant? La question n'est pas encore tranchée cette fois : la musique seule, jadis assez noircie par le penseur de VEssai, au sens propre comme au sens figuré, est, en considération de Wagner, proclamée purement ariane et glorifiée dans le personnage de la fée Urgande. Mais Diamante, fille de Tempereur Théophraste, incarne Tart des métis et brille dans la danse. Nou- TcUe Salomé, elle aura pour mission de séduire les chevaliers purs par ses grâces perverses, par le fatal attrait de la femme de couleur, toute-puissante sur les sens du blanc sans mélange, et elle hâtera de la sorte la décadence de l'humanité . Un moment, elle parait pourtant pressentir la mission véritable de Tart, au sens wagnérien du mot.
Elle comprenait bien, malgré sa vanité, Que dans l'air épuré Tart monte s'il doit vivre, Et qu*à ramper trop bas vers la vulgarité. Loin du trône imposant où règne la beauté, Il devient un bouffon, et le ciel Ten délivre!
Voilà qui est peu précis et par trop éthéré; sous la main du comte, les vers se montrent décidément moins favorables encore que la prose à la propriété des termes et à Téclaircissement de la pensée. D'ailleurs les fatalités du sang ramènent bien vite Diamante à ses sensuelles pratiques, et, une fois de plus, la sentence est ajournée, qui nous fixerait sur la valeur culturale de la beauté plastique.
Nous ne sommes pas beaucoup mieux partagés dans le domaine de la philosophie ; nous entendons seulement une longue diatribe contre le positivisme, le darwinisme :
Et le phoque lui-même est issu d'un saumon... Et le singe vaut mieux qu'un Odin pour ancêtre I
contre le panthéisme prêché par les métis :
•••Ne crois qu'au Tout immense Qu'on ne peut réjouir, qu'on ne saurait fâcher. ••
et il faut noter ce dernier trait pour l'opposer à certains arya-
nistes égarés qui saluent précisément dans cette doctrine la quintessence de la théologie de la race pure.
Le métissage est demeuré d'ailleurs la source de tous les maux. — Viviane, le mauvais génie de Nicée, se fait épouser par un chevalier de sang mêlé, Ayglain de Gircassie, dont un a géant du Kathay « (c'est-à-dire un Mongol ou un Chinois) fut le premier ancêtre, et qui trahit pour elle la cause de ses frères •d'armes. Les sujets de l'empereur Théophraste sont encore bien plus corrompus dans leur extraction.
Avorton de bâtards, on peut bien concevoir Que ta sève mélëe renferme trop dVssences. Le mulâtre énerve n*a plus le sang du noir... Troublé comme tu Tes par tes mille naissances^ Tu n*es plus arian, tu n*as plus rien d*uni. De Tinstinct du Finnois tu t*éprends, et tu doutes. A tout tu te reprends, de tout tu te dégoûtes...
Dans ce chaos, les classes sociales sont toujours distinguées par le mérite relatif de leur sang, et la vraie noblesse s'élève plus haut encore que jadis, s'il est possible, dans l'estime de son représentant qualifié. Car, tandis que V Essai s'efiForçait à réserver aux seuls blancs la qualité de fils d'Adam, Amadis renie nettement ce grand-père sémitique et plutôt compromettant : son poète ne s'est-il pas découvert un plus flatteur ancêtre dans la personne d'Odin?
Tu ne mourras jamais, Amadis, Dieu lui-même. Dieu qui t*a fait sortir de sa côte (?) et non pas De la côte d'Adam, déserteur lâche et blême Qui mentait et rusait et tenait le front bas, Dieu te couvre du bras !
Pourtant, nrieux encore que l'odinisme, un autre culte sourit maintenant au converti wagnérien : culte sanglant toujours, mais empruntant à la légende chrétienne une poésie solennelle que n'avait pas le chef de Mimir; culte exclusif d'ailleurs, aristocratique avant tout, et qui n'imposera point aux fils des Vikings de promiscuités dégradantes, ainsi que le fit la doctrine de l'Église.