CHAPITRE VI
Apprends- moi ce qu'est le Saint-Graal, Bien différent de F évangile Et de l'ensei^ement des Saints?
C'est une foi des gentilshommes, Bëpondit Perceval, non des premiers venus : Elle convient à nous...
C'est le raffinement qu'un noble cœur soulève Et qu'il poursuit sans trêve, etc.
Et Fascétisme érémîtîque parait même avoir perdu quelques charmes aux yeux du créateur du Casimir BuIIet des Pléiades : sur ce point encore, il retourne à ses convictions de jeunesse. Perceval le Gallois, parcourant les forêts des rives du Gange, rencontre un brahmane anachorète auquel il fait la Kère réponse que nous venons de reproduire. — Tout en le déclarant son frère dans la poursuite de Tidéal, il ne a le comprend qu'à moitié » ; il le blâme de « mettre à ses vertus un masque de laideur », de ne porter dans ses perfections « qu'une traînante haleine et Tinfécondité » . A quoi bon, au surplus, ces efforts disproportionnés à leurs résultats? Tout n'est-il pas donné ou refusé d'avance à l'homme avec le sang qu'il tient de ses ancêtres? Et nous retrouvons enfin TArian sain de YEssai.
Toi, tu prétends devenir dieu :
Je m'estime d'assez bon lieu
Pour préférer qu'on me conserve
Tel que je suis sans rien changer.
Ce m'est assez d'être moi-ménie :
Je tiens déjà le rang suprême ;
Jusqu'à moi-même je m'élève^
Et me trouverais en défaut
Si je doutais d'être assez haut.
Ajoutons que le sacerdoce en général ne joue pas un rôle très flatteur dans Amadis : les prêtres chrétiens se montrent les plus fermes soutiens du trône de ce vil Théophraste qui conduit Nicée aux pires catastrophes : des moines et des cérémonies liturgiques sont assez étrangement mêlés à l'œuvre séductrice de la danseuse Diamante (1). — Deux figures fémi-
(1) Le comte a an passage satirique assez piquant contre les gentilshommes.
nines seules surnagent en ce naufrage du christianisme ecclésiastique, par la vertu d'une inconséquence qu'il faut reconnaître pour assez humaine et moderne, car d'autres exemples en pourraient être cités dans nos temps de scepticisme (1). C'est d'abord la vierge Marie :
Source de pureté, fontaine d'eicellence,
La Sainte Vierge ! On sent, pour peu que Ton y pense,
Qu*à tout ce qui de près ou de loin peut crier :
J'ai quelque chose d'elle! — on doit s'humilier!
et, de plus, sainte Geneviève, qui, pour avoir éloigne de Paris les Huns d'Attila, symbolise, nous l'avons dit, la résistance ariane aux influences finnoises et utilitaires, plus menaçantes que jamais à notre époque. Elle vient donc, dans une jolie scène, veiller sur le sommeil d'Amadis et écarter de lui les puissances infernales.
Après les nobles indignes et les prêtres trop complaisants au pouvoir, le paysan recevra sa leçon. Un instant, il a paru prêt à s'armer pour le maintien des droits féodaux, à l'exemple de Jean Chouan, car le moyen âge avait été pour lui, comme nous l'avons appris, une période de prospérités.
Soutenons nos seigneurs, nos maîtres Depuis le temps de leurs ancêtres ; Ils nous ont fait toujours du bien.
Nous défendrons les chevaliers.
Mais ce n'est là qu'une velléité passagère, l'égoïsme reprend vite le dessus et, en conséquence, les manants se voient en général fort mal traités. On « en fait peu de chose « , tout au plus s'impose-t-on « quelquefois à leurs nerfs » .
qui, s'empressant à courtiser des filles riclies, ce poisoo des aristocraUes, n'ont aujourd'hui pour réussir auprès d'elles qu'à « se montrer solides et complets dans la foi» .La foi de qui? du Christ? Avec ses règles austères et sa perfection difficile? Non!
Un semblant d'abstinence, nn respect aadientiqne
Pour U forme nsitëe au rite catholique
Suffisait, et pourvu qu'on prit Taccent d^Tot
Eo eiunt Tarcbevéque...
(1) Voir nos études sur Pierre Rosegger dans la Revue des Deux Mondes (15 novembre 1902 et suivantes)