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CHAPITRE VU

LES DERNIERS JOURS DU COMTE GOBINEAU ET l'aLLEHAGNE

Les dernières années du comte de Gobineau furent pénibles, car sa santé était gravement compromise, et une maladie des yeux lui enlevait jusqu*à la ressource de la lecture . Après la retraite qui lui fut imposée en 1877, il vécut surtout à Rome, où rappelait Tamitié dévouée du comte et de la comtesse de La Tour, et c'est en revenant de leur château de Ghaméane, en Auvergne, vers la Ville Éternelle qu'il mourut subitement et solitairement à Turin, le 13 octobre 1882.

Nous Tavons vu par l'analyse à'Amadis^ les idées sombres de VEssai^ dont les expériences de son âge mûr avaient paru atténuer parfois l'excessive amertume, reprirent le dessus dans son àmç au cours des heures de souGFrance qui terminèrent sa vie. Un an après sa mort une plume amie écrivait en tète de la seconde édition de VEssai : a 11 avait toujours été sévère pour la race latine. Il supportait mal le contact si proche (1) de sa charlatanerie phraseuse. Il voyait se réaliser les prédictions de son livre... II contemplait avec horreur la multitude métissée par les jaunes et parles noirs et courant à l'assaut des dernières forteresses des institutions aryanes : l'Angleterre elle-même, corrompue par les éléments finnois-celtes, affaiblie et poussée vers la ruine au bruit sonore des phrases creuses de ses criminels rhéteurs... Qui peut nier que l'agitation nerveuse et la prostration sénile n'aient augmenté, avec l'attente d'une crise prochaine et la terreur d'un inconnu redoutable, dans l'année

(i) C*eft à Rom« que ce contact était tout proche.

qui vient de s'écouler depuis la mort de M. de Gobineau? • — Agitation nerveuse, prostration sénile : il semble à lire superficiellement la phrase que ces expressions pathologiques caractérisent bien Tétat d'esprit du penseur mourant; mais, en examinant les choses de plus près, on reconnaît au contraire qu'elles s'appliquent à la société" européenne telle que ses disciples survivants avaient appris de lui à la juger.

De pareilles convictions feront mieux comprendre les lignes qui vraisemblablement sortirent les dernières de sa plume, c'est-à-dire l'avant-propos qu'il écrivit pour la seconde édition de son œuvre maîtresse. Ce nouveau tirage était devenu nécessaire grâce à la publicité donnée à son nom en Allemagne par les Bayreuther Blœtter^ mais il n'en vit pas l'apparition et la mort l'empêcha de goûter cette tardive réparation de la destinée. — Après plus d'un quart de siècle écoulé, c'était une décision audacieuse que de reproduire, « sans y changer une ligne, û un travail de synthèse historique, étendu sur un champ immense, qu'avaient maintes fois retourné dans toutes ses parties, au cours de cette période, les sillons patients de Fénidition moderne. Cependant, tout bien considéré, ce fut peutêtre le parti le plus raisonnable à prendre, car la même réserve s'est imposée, vingt ans plus tard, au traducteur allemand de VEssai^ M. Schemann. Lui aussi se préparait à remanier l'œuvre lorsqu'il a songé que le travail serait à refaire dans dix ans, et, comme l'auteur en 1882, il estime que le • fonds n'en a pas été touché « . Dans un certain sens, cela est vrai : VEssai^ nous l'avons dit, n'est pas à considérer comme un monument historique, mais comme une utopie philosophique, ou mieux un poème épique, une chanson de geste à plus juste titre i\nAmadis, La forme seule y est adaptée au goût scientifique de l'époque qui la vit naître : le fonds sort de l'àme d'un aède, d'un trouvère. Et c'est bien un hymne printanier que l'auteur vieilli caractérise par cette formule lyrique : a Je laisse ces pages telles que je les ai écrites à l'époque où la doctrine qu'elles contiennent sortait de mon esprit comme un oiseau qui met la tête hors du nid et cherche sa route dans l'espace, où il nS' a pas de limites. Ma théorie... a pris son essor, elle le con-

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