‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 222 sur 230 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tinue. Je n'essaierai ni de raccourcir, ni d'allonger ses ailes, ni moins encore de rectifier son vol. n

Il accentue pourtant le caractère amoral, antiwagnérien, prénietszchéen de sa thèse historique. La prospérité d'une nation, dit-il, ne résulte pas le moins du monde, comme on Ta -cru au dix-huitième siècle, des vertus et des vices de ses représentants : un peuple honnête n'est pas nécessairement un peuple illustre. Les vertus utiles aux grandes agglomérations doivent avoir a un caractère bien particulier d'^^oi'5meco//€c/ty» , qui diffère grandement de ce qu'on appelle vertu chez les particuliers. Si Ton veut à toute force louer la vertu chez un peuple, u on se voit obligé de reconnaître et d'avouer tout haut qu'il ne s'agit pas là de mérites et démérites intéressant la conscience chrétienne, mais bien de certaines aptitudes, de certaines ^titVsances actives de l'àme, et même du corps, » qui déterminent ou paralysent le développement de la vie dans les nations. — Tout cela est singulièrement prophétique, nous le montrerons.

Et le comte devait être frappé dès lors des coïncidences qu'il notait sur le tard entre ses conclusions sociologiques et celles de la jeune école darwinienne, moins avancée que lui-même par certains côtés. Après avoir rappelé que l'idée maîtresse de V Essai est l'influence prépondérante des mélanges ethniques sur le sort des peuples, il ajoute : « De là fut tirée la théorie de la sélection, devenue si célèbre entre les mains de Darwin, et plus encore de ses élèves. » Appréciation non pas fausse, mais exagérée, en ce sens que les deux doctrines sortent bien d'une racine commune, la théorie aristocratique de la conquête, mais que l'alliance pure, préconisée par le comte, est un mode très étroit de sélection (1) qui n'a pas joué grand rôle dans la pensée de Darwin, et qui est même condamné par certains de ses disciples. Voyez au contraire Gobineau reprendre avec un évident plaisir dans son testament philosophique sa thèse ariane de l'adelphogamie, pratique jadis adoptée, dit-il, par toutes les races nobles, qui se montraient désireuses de ne

(1) Il a pourtant efquUté à plus d'une reprise àe% vuef félectives fur l'influence de la guerre fatale aux vaillants championt arian».

pas partager avec des inférieurs les avantages d'un sang généreux (l). L'adelphogamie est si bien raboutissement logique et la fleur douteuse de la théorie qui condamne, sur tontes choses, la mésalliance ! Est-il un plus sûr moyen d'écarter le poison du mélange? — Or les biologistes contemporains sont d'ordinaire à l'antipode de cette conception et voient précisément dans r a inzucht » la cause de la chute de toutes les aristocraties (2). — Plébéisme! répondrait le comte. N'estimet-il pas que les mariages consanguins ont été interdits par les codes du libéralisme dans Tintention perverse de favoriser encore le mélange des races et Tabâtardissement final? Ses derniers jugements sur la science préhistorique, en plein essor autour de lui, ne sont pas moins étroits, et nous avons signalé jadis les préoccupations personnelles qui devaient Tamener à rejeter des découvertes fatales aux courtes vues rétrospectives de VEssaî.

Enfin, il paraît même n'avoir pas toujours conservé le sentiment très précis de ce qu'il a voulu faire dans le passé. Car c'est en cet endroit que se rencontre l'étonnante appréciation de V Histoire des Perses dont nous avons relevé jadis les contradictions. C'est que, par instinct, il voudrait maintenant corriger dans le sens des leçons d'Ottar-Jarl les enseignements de son grand ouvrage asiatique, trop défavorables à la perpé-

(i) Voir Histoire des Perses [t. I, p. 89). El nVt-on pas vu de notre tcmp» des dynasties financières restaurer ce rieil usage aristocratique.

^%] C'est toutefois une question fort controversée, sur laquelle toute une littérature se développe actuellement. On admet, en général, que rinzucbt eit pntpice aux races saines par la transmission plus assurée des qualités, funeste t aux races en dégénérescence par Taccumulation des défauts. Mais il s*est produit récemment un fait qui aurait à la fois attristé le comte par la décadence dont il fait foi dans les races les plus pures et peut-être réjoui son corar à titre de confirmation frappante de ses rues pessimistes pour TaTenir. On sait avec quel soin jaloux la haute noblesse allemande a maintenu ses règlements de caste sur les mésalliances, à ce point que la bureaucratie prussienne semble vouloir le« adopter à l'exemple des fsmilles souveraines et médiatisées. Or le pape Léon Xdl vient, dit-on, de notifier aux maisons régnantes d'Europe qu'il n'accordera plu* de dispenses autorisant les mariages entre parents. Le pontife conseille aux monarques de laisser leurs enfants se marier avec des princes qui ne sont pas de sang royal, afin d'éviter la dégénérescence intellectuelle et physique qni résulte de ces unions. Voilà qui est caractéristique des tendances de l'époque-

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