CHAPITRE VII
tuité des qualités arianes dans la race; il préférerait admettre que riran, comme les Gouraay, ne perdit jamais ses vertus initiales, mais le texte original subsiste, et réfute cette interprétation tardive.
Elle indique au moins que Timpérialisme ou Taryanisme d'avenir l'emportent à la dernière heure dans cet esprit divisé contre lui-même. Volontiers secouerait-il en sa propre faveur, et pour a les fils de roi » , ses égaux, le pessimisme universel qui attriste les dernières lignes de VEssai. Il en appelle expressément aux enseignements de son Ottar-Jarl^ pulpe savoureuse de la noix historique, si dure à casser, dont il avait d'abord enlevé V « çnveloppe verte, épineuse, épaisse » dans VEss(. t, puis rompu «Técorce ligneuse » dans les Perses. Le chemin qu'il a parcouru « ne mène pas^ dit-il, à un de ces promontoires escarpés où la terre s'arrête, mais bien à une de ces étroites prairies où, la rouie restant ouverte^ l'individu hérite des résultats suprêmes de la race, de ses instincts bons ou mauvais, forts ou faibles, et se développe librement dans sa personnalité » . — Individualisme anarchique, sans doute, qui est bien la logique transformation de son enthousiasme initial pour la constitution de l'odel. Mais, de plus, il proclame à présent que a la route reste ouverte n ; et pourquoi l'individu ainsi gardé miraculeusement de la dégénérescence ne fournirait-il pas le point de départ d'une race nouvelle, aux longs espoirs et aux destinées souveraines? — Plus d'un contemporain interpréterait volontiers en ce sens les leçons de l'aryanisme et ferait sans scrupule de sa personne, ou tout au moins de sa race, le germe d'un monde nouveau.
Nous avons terminé la revue des œuvres de Gobineau qui furent publiées de son vivant ou au lendemain de sa mort. Mais la piété active de TÂllemagne nous prépare de plus amples matériaux, car notre compatriote est en voie de susciter au delà du Rhin un vaste mouvement d'idées, et chaque jour y développe la littérature qui se rattache à son nom. Une archive (1), bientôt peut-être un musée Gobineau, seront établis
(i) La France reste eo arrière^ et néanmoinf M. Paul Bourget, Tun des
chez DOS voisias. Sa biographie, tirée de ses papiers intimes, y est en préparation. — Enfin, M. le professeur Schemann, le président, l'inspirateur et Tàme de la Gobineau- Vereinigung, a commencé une collection posthume d'écrits conservés en portefeuille par le comte, et il Tinaugure par Timpression d'Alexandre le Macédonien^ tragédie en cinq actes et en vers (1). L*avant-propos et l'introduction de cette brochure sont véritablement révélateurs d'un état d'esprit particulier, qu'il sera utile de considérer un instant de près, à titre d'avertissement et de leçon. En effet, ces pages montrent à quel point il est dangereux de se prononcer ex professo sur les monuments d'une langue qui n'est pas celle de notre enfance. Quel est le Fran-
Françait membref de la Gobineau-Vereinigung^^e prononçait récemment dan» la preafe non seulement en fiaveur d'un retour à la monarchie, maif encore d'une reconftirution de Tarif tocratîe héréditaire. Est-il téméraire de penser qu'après la lecture de Balzac ou de Le Play celle de VEstai sur Cinégalité des races soit pour quelque chose dans les convictions actuelles de ce rare esprit ?
On écrivain qui a subi à peu près exclusivement l'influence de Gobineaa dans sa formation philosophique, c'est M. le comte de Leutse, dont parurent en 1900 les Études d* histoire ethnique (Paris et Strasbourg). Ayant désiré sur le tard reprendre et compléter par quelques vues d'ensemble ses études historiques de jeunesse, il s'était senti entièrement déçu par le Discours sur t Histoire universelle de Bossuet, malgré ses sentiments catholiques, lorsque VEssai sur Cinégalité des races tomba sous ses yeux par hasard. « Ce livre, dit-il, je l'ai lu et relu plusieurs fois; il n*a ouvert un horizon absolument nouveaa. C'est le livre d'un précurseur ; il indique à grands traits, presque avec une sorte de divination, tout ce que la science moderne commence à préciser par ses recherches patientes et minutieuses. » On voit que la prise fut subite, la cooversation instantanée comme un coup de la grâce. Après son patron apostolique, M. Paul de Leusse avait trouvé son chemin de Damas. Quinze ans d'expérience» variées sont venues consolider son impression initiale, en sorte qu'à cet ouvrage « génial " son admirateur, demeuré aussi fervent qu'au premier jour, entreprit de donner une sorte d'appendice, résumé des confirmations incessante! qu'il a glanées dans ses lectures et ses observations; l'espace nous manque pour apprécier cette tentative intéressante : qu'il suffise de reproduire le jugement de M. le professeur Schemann {^Hg- ^eit.^ Beil. 1901, p. 131). Le gentilhomme alsacien est, aux yeux du savant de Friboui^g, « un des plus intéressants parmi les Français aujourd'hui vivants... une physionomie d'un caractère éminemment original... un patriarche qui respire la santé morale. >• Et il amisen œuvre des documents à ce point importants qu'on doit renoncer à donner par l'analyse un aperçu des richesses philosophiques, un inventaire des trésors d'observations ingénieuses qui s'entassent dans les Études d^histoire eihnique.
(1) Strassburg, Trubner, 1901.