‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 25 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

«ont longs, son front large, ses sourcils réunis, son nez proéminent. » Et sans doute, avouera-t-il, comme cette description, postérieure au septième siècle avant Jésus-Christ, s'applique à une famille dont les meilleures branches étaient assez mélangées déjà, on ne peut se montrer surpris d'y rencontrer » des •exigences un peu anormales », telles que la couleur d'or souhaitée pour la peau du corps et les sourcils réunis. Néanmoins elle lui paraît, tout compte fait, suffisamment caractéristique de la race pure (1) et très propre à nous pénétrer de la conviction que celte variété humaine était ainsi entourée (Ti^ne suprême beauté de corps. Partageons de bonne grâce une admiration peu compromettante jusqu'ici, vu l'antiquité de son objet.

Comblés des avantages corporels, les Arians n'étaient pas moins supérieurs par l'esprit, et ils avaient a à dépenser une :Somme inépuisable de vivacité et d'énergie » . Leur première organisation politique doit être examinée de près, car elle -demeurera caractéristique de leur tempérament au cours de l'histoire. Divisés en tribus concentrées dans de grands villages, les hommes faits mettent à leur tête, au moyen de l'élection, •des chefs dont le pouvoir demeure extrêmement limité, les viç patis. Ces magistrats ne possèdent qu'une délégation faible «t précaire de la volonté générale, l'individu restant tout-puissant et se montrant jaloux jusqu'à l'excès de sa liberté la plus entière; en somme, une égalité parfaite entre chefs de famille réunis par un lien social fort lâche, tel est le spectacle qui frappe nos regards à l'aurore de la civilisation ariane. Leur indomptable individualisme a marqué de son empreinte les conceptions religieuses de ces peuples, ils se jugent à peu de 4;hose près les égaux de la divinité, dont ils descendent, qu'ils font à l'occasion trembler par leur courage, et cette camara-

aègre est dolichocéphale comme l'Aryen et que la tête ronde ou brachycéphale «tt une marque d'infériorité.

(1^ Tout en négligeant les traits propres à l'Aryen des anthropologistes, Gobineau en a noté un qu'on ne rencontre pas ailleurs que dans VEssai : ce «erait un certain • renflement des chairs aax côtés de la lèvre inférieure » qu'il observe dans les portraits de Rubens et de Miéris. Il n'en reparlera jamais par la suite, il est vrai.

derie entre ciel et terre semble particulièrement sympathique à Gobineau, car il estime que « Tadoration, en tant qu'hommage rendu à la divinité, est un témoignage de respect un peu excessifs (1). D'ailleurs ce sentiment exagéré de sa dignité n'inspire au cœur de Thomme blanc nul penchant vers l'impiété; bien au contraire, religieux par essence, les idées théologiques le préoccupent à un très haut degré. Et, avançant qu'on retrouve la racine Al (Elohim, Baal, Allah) dans le nom des dieux nègres, le radical Dou (Dévas, Théos, Deus)^ dans celui des dieux blancs, Gobineau écrit avec une complaisance déjà marquée pour les vieux cultes arians, qu'il exaltera plus encore par la suite : a Quand le Dcus eut le dessus... l'erreur s'est montrée moins vile, et, dans le charme que lui prêtèrent des arts admirables et une philosophie savante, l'esprit de l'homme, s'il ne s'endormit pas sans danger, le put du moins sans honte. » Les fiers Arians avaient mis en quelque sorte le ciel tt en république », et a quelque peu de dieux, présidés par Indra, dirigeaient plutôt qu'ils ne dominaient le monde » , tandis que le guerrier valeureux se tenait tout prêt à prendre sa place dans leurs rangs. De là la facilité (prétendue) qu'apportaient les nègres à reconnaître la divinité des conquérants venus du Nord. Ceux-ci u supposaient de bonne foi la puissance surnaturelle communicable à leur égard » . Et c'est une observation qui peut se faire dans l'existence commune a que les gens sincères sont pris aisément pour ce qu'ils se donnent. » Aphorisme qui peint à cru notre gentilhomme gascon : lui aussi fut incontestablement sincère en ses prétentions personnelles, qui vont tout près de la divinité, et ne douta jamais qu'on ne le prit aisément pour ce qu'il prétendait.

Tandis qu'à l'origine de cette religion hautaine le chef de famille, prétre-né, se jugeait capable de s'adresser sans intermédiaire à ses dieux, un sacerdoce distinct se développa pourtant peu à peu chez les Arians, et, par une aventure que nous avons rencontrée plus d'une fois déjà dans ÏEssai^ nous distinguons mal si ce fut là une déchance amenée par l'immixtion

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