‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 27 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

composèrent un amalgame sur lequel ils jetèrent le niveau d'une égale infériorité, et décidèrent que cette classe humble gagnerait sa subsistance en remplissant ces fonctions pénibles et même humiliantes qui sont cependant nécessaires dans les sociétés établies. i'

Derrière l'organisation des castes ainsi présentée, il n'est pas difficile de retrouver quelques souvenirs des trois ordres du moyen âge, assis sur les manants et les serfs. Et, en somme, poursuit Gobineau, le problème politique avait par là « trouvé sa solution idéale, car personne ne peut refuser son approbation â un corps social ainsi organisé qu'il est gouverné par la raison et servi par Tinintelligence (1) ». Le système des castes appliqué avec logique et à l'humanité tout entière l'eût sauvée de la décadence en préservant à jamais la race blanche conquérante du mélange trop prépondérant des éléments inférieurs. C'était là la promesse et le secret des destinées les plus grandioses, si le règlement eût été employé à temps^ c'est-àdire à l'heure exactement propice où les avantages de la mésalliance en équilibraient les menaces; mais, cette heure-là, Cobineau ne nous a jamais appris à la déterminer, sinon par un instinct secret qui n'appartient qu'aux esprits de sa trempe. En fait, toutes les nations blanches s'y sont prises trop tard : c'est une observation qu'il a présentée déjà à propos des castes moins strictes, de lignée paternelle seulement, que connut l'Egypte des Pharaons. Et comment en serait-il autrement? La prétention à s'isoler ne peut guère naître qu'après expérience des inconvénients à éviter, et dès ce moment le mal est fait, le sang pur contaminé. La réaction ne saurait aboutir qu'à un effort plus ou moins impuissant. Considérons en effet le brahmanisme lui-même, et notons à son égard un jugement bien intéressant, si l'on songe à l'usage que voudraient faire des doctrines philosophiques et morales de l'Inde de plus modernes aryanistes. Le regard perçant de notre auteur y découvre sans peine l'immixtion de l'influence noire. Sur ces prêtres géniaux, groupés dans la caste la plus pure, plusieurs des facultés de la

race nègre avaient cependant commencé de déteindre. On ne leur reconnaît plus cette rectitude de jugement, cette froideur de raison, patrimoine de Tespèce blanche sans mélange. On s'aperçoit, à la grandeur même des plans de leur société^ que rimagination (faculté noire, on le sait) tenait désormais une grande place dans leurs calculs et exerçait une influence dominante sur la combinaison de leurs idées. Comme u élan d'intelligence, ouverture de vues, envergure de génie » , ils avaient gagné; ils avaient gagné par radoucissement de leurs premiers instincts, devenus moins rigides et plus souples; mais, en tant que métis, on ne leur trouve plus u qu'un diminutif des vertus souveraines » . Le premier effet de Timmixtion du sang nègre, c'est d'efféminer le naturel, et si cette mollesse ne fait pas des êtres sans courage, cependant elle n altère et passionne la vigueur calme, et Ton pourrait dire compacte, apanage du plus excellent des types ». Par là disparaît presque toujours, dans le groupe issu de cet hymen, a le pouvoir et le droit, sinon de briller beaucoup plus que l'espèce blanche et de penser plus profondément, du moins de lutter avec elle de patience, de fermeté, de sagacité (l). » Traits précieux pour la psychologie de l'Arian, et qu'il nous faut conserver avec soin dans notre mémoire.

Après ces compromissions antérieures à leur établissement, les règlements de caste se sont d'ailleurs montrés eux-mêmes impuissants ù brider les passions humaines, à combattre cet attrait pernicieux que la chair colorée semble exercer sur les sens de l'homme blanc. Gobineau note une confirmation éclatante de cet entraînement dans le Mahâbhârata^ où l'on voit les fils de Pandous, Arians purs, mais ignorants des avantages de la caste, s'enlizer aussi rapidement que les Chamites au sein de la noire population des provinces qu'ils conduisent. Leurs adversaires brahmaniques durent tout au moins à leurs règles sévères de faire vivre jusqu'à nos jours, et pour un temps qu'on peut prévoir considérable encore, la société qu'ils avaient fondée. C'a été sans doute au prix de concessions

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