‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 29 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

reste. » Quel est ce reste, sinon les quartiers de noblesse blanche, nécessaire à la beauté visible du corps comme à la valeur plus cachée du caractère? Le défaut du bouddhisme, c*est que, procédant à Tinverse de ce « qui se voit dans les véritables philosophies » , au lieu de faire que la loi morale découle de Tontologie, il fait dépendre Tontologie de la loi morale. En d'autres termes, on n*est pas bon pour avoir bien agi, mais on agit bien quand on est » bon » au sens que Nietzsche reconnaîtra à ce vocable après Gobineau dans sa morale des maîtres, c'est-à-dire bien né. Le châtiment mérité de la doctrine nouvelle fut de montrer d'une manière éclatante le peu que réussit à produire pour les hommes et pour les sociétés a une doctrine politique et religieuse qui se pique d'être basée uniquement sur la morale et la raison». Il ne put s'établir de façon durable dans l'Inde. Au sein de cet édifice social si merveilleusement cimenté par les brahmanes, le Bouddha lui-même dut reconnaître sa faiblesse et se montrer infidèle à ses principes. Il fut obligé par l'opinion de respecter les castes; il recula devant les conséquences de son propre enseignement en créant des motifs d'exclusion physiques et moraux qui fermèrent l'entrée de sa secte. Encore, malgré ces palinodies, la doctrine perverse se vit-elle chassée de son pays d'origine après une lutte de mille ans; elle ne s'implanta que là où les castes sont ignorées, dans certaines provinces de la Chine et du Thibet, et n'y dirige même que u les consciences des classes les plus viles » . Elle a montré par son exemple u à quel point d'avilissement tombe bientôt une théorie rationaliste qui s'aventure hors des écoles et va entreprendre la conduite des peuples » . Le rationalisme du dix-huitième siècle fut égalitaire comme le bouddhisme, et les deux doctrines sont ici pareillement répudiées par l'aryanisme impérialiste.

Il faut bien avouer d'autre part que le brahmanisme a décliné, lui aussi, sans interruption par suite de ses concessions forcées aux lents progrès du sang noir. Néanmoins, telle est la puissance des castes que, conquise à plusieurs reprises par des races plus blanches, la société hindoue a toujours survécu

à ses maîtres, plus rapidement contaminés qu'elle-même. Et Gobineau, étudiant dans un curieux paragraphe les métis européens qui se produisent actuellement encore dans cette grande colonie britannique, en fixe la valeur d'après l'intensité du principe blanc transmis par le père. Suivant que celui-ci est Anglais, Irlandais, Français, Italien ou Portugais, les variations sont notables : le sang anglais, qui a conservé tant d'affinités avec l'essence ariane, produit d'ordinaire des métis beaux et intelligents. Quant à ceux qui naquirent jadis de l'union des Aryas et des jaunes vers le nord-est, les Mahrattes et les Birmans, par exemple, ce sont de courageux soldats, et la famille hindoue n'a pas eu à » gémir des parentés jaunes qu'elle s'est données » autant que de ses alliances mélaniennes.

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