‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 36 sur 230 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tandis que la grande prépondérance extérieure de ce pays au temps d'Alexandre résultera de l'action des a populations quelque peu mongolisées du nord » •

La description de la vie ariane grecque vers les temps homériques est fort brillante dans VEssai. Le principe de la société réside dans la liberté personnelle, comme il est de tradition •chez cette race d'élite. Le gouvernement est monarchique, mais limité par l'autorité des pères de famille, parla puissance des traditions, par le crédit des prescriptions religieuses. On y remarque de fortes traces de cette hiérarchie féodale propre à l'esprit arian, et préservatif assez efficace contre les incon- Ténients principaux du « fractionnement » né de l'esprit d'in- -dépendance. Pour bien comprendre ce qu'était un roi grec aux prises avec les sentiments égalitaires de ses sujets, il n'est rien de mieux que d'étudier le coup d'État d'Ulysse contre les amants de Pénélope, a On y voit sur quel terrain scabreux opérait l'autorité du prince, même ayant de son côté le droit et le bon sens. » En effet, des hommes si avides d'honneur, •de gloire, d'indépendance^ étaient naturellement portés à se mettre au-dessus les uns des autres et à réclamer des distinc* lions extraordinaires. Or, pour atteindre l'idéal proposé, il n'y avait pas d'autre moyen que d'être » le plus arian possible » , •de résumer le plus certainement les vertus de la race. D'où rimporlance attachée à la pureté des généalogies. Par là, le sceptre, bien que donné en principe à l'élection, trouva cepen* dant dans le u respect dont on entourait les grands lignages » une forte cause de se transmettre exclusivement au sein de quelques descendances. Telle serait en général l'origine de la monarchie héréditaire chez les Arians; conciliation du principe électif et de la superstition du sang.

Quant à l'idée de caste, on en rencontre aussi quelques vestiges, mais l'hellénisme u eut intérêt aux mésalliances » et d'autres fois « se vit forcé de les subir 9 Néanmoins, le classement des citoyens se fit longtemps d'après la valeur de chaque descendance. Les vertus individuelles venaient après. On se souvient que le renversement de cette hiérarchie morale si profondément ariane forma le grief principal de Gobineau contre

le liouddhisme. Admirons encore dans la Grèce homérique la grande situation faite à la femme par les Arians, ces féministes avant rheurc, qui méritent toutes les sympathies du beau se^re. Clytemneslre offre un type excellent de ces matrones hautaines, de ces nobles et généreuses créatures, sœurs lointaines de la femme altière, aux cheveux blonds, aux yeux bleus, aux bras blancs, que les épopées hindoues montrent aux côtés des Pandavas et que nous retrouverons dans les forêts germaniques. Pour ces héroïnes, u Tobéissance passive n'était pas faite, n KUe était faite au contraire pour les populations aborigènes soumises par le glaive arian; mais Tesclavage qui leur est imposé garde, on nous Tassure du. moins, un caractère de douceur marquée, de patronage bénévole. Le maître o met la main à la pâte » dans tous les genres de travaux et le serf ne tt subit d'autre malheur réel que celui d'être dominé » . C'est en général une préoccupation familière aux aryanistes ou impérialistes que de pallier autant que possible, pour les époques qu'ils admirent, pour les territoires qu'ils détiennent, le caractère de brutalité de la conquête. Esclaves helléniques, manants du moyen âge ou coloniaux britanniques seront proclamés les gens les plus heureux du monde sous leurs seigneurs féodaux, comme sous leurs mentors du Civil Service. Pourtant, en ce qui concerne le cas présent, il faut avouer qu'on perçoit dans Hésiode, par exemple, l'écho de tout autres sentiments que ceux de la satisfaction, et que les plaintes des petites gens résonnent dès lors avec une amertume presque révolutionnaire. Mais Gobineau rapporterait sans doute ces criailleries sans conséquence aux progrès de la sémitisation méditerranéenne.

Il peut négliger ces murmures, mais une autre face de l'es clavage grec primitif l'embarrasse davantage, de même que l'Angleterre rencontre dans l'Afrique du Sud des problèmes plus ardus que dans l'Inde. C'est la servitude de l'homme blanc, lorsqu'il est prisonnier de guerre. En principe, dit-il, dans la patrie asiatique, il n'était pas permis de réduire en servage un Arian, c'est-à-dire un homme, et l'oppression réservée aux individus de race noire et jaune (qui n'avaient pas droit à

Page 1