‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 4 sur 230 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

C'est une entreprise fort difficile que de fournir une vue nette sur cette œuvre toufiFue, dépourvue de proportions dans ses parties, souvent contradictoire dans ses termes, qui s'appelle VEssaî sur tinégalité des races. L'état d'àme qui s'y révèle ne saurait être pénétré d'un seul coup d'œil : il est trop éloigné de nos habitudes intellectuelles et de notre formation classique ; on devra s'insinuer peu à peu dans la familiarité d'un penseur aristocratique qui se montre médiocrement enclin à faire les premiers pas vers les néophytes. Ajoutons dès à présent qu'on se verra récompensé d'une patience méritoire par la profusion d'aperçus originaux et de suggestions imprévues qu'en apporte incontestablement le commerce. Pour rompre plus rapidement la glace entre nouvelles relations, nous nous efforcerons d'employer fréquemment les termes mêmes de Gobineau au cours de notre exposition de ses théories. Son style nerveux et pittoresque peint à lui seul sa personnalité si marquée et demeure souvent le costume indispensable d'arguments qui, perdant leur aspect extérieur^

dépouilleraient du même coup toute puissance de persuasion.

Le livre est dédié au roi Georges V de Hanovre, dont la maison souveraine, assise sur le trône de la Grande-Bretagne depuis Georges I*% régit, vers 1850, deux des rares nations demeurées quelque peu aryennes à notre époque. Ce prince est connu d'ailleurs dans Thistoire du dix-neuvième siècle pour ses sentiments absolutistes, et le morceau qui lui est adressé débute, comme il convient, par un double cri de guerre germaniste et féodaliste : d^un côté, par une apologie des peuples germains longtemps méconnus, mais se montrant à nous a aussi grands et aussi majestueux que les écrivains du Bas-Empire nous les avaient dits barbares » ; de l'autre, par un défi jeté à Técole démocratique : « Puisque les faits positifs abondent désormais, il n'est plus loisible d'aller avec les théoriciens révolutionnaires amasser des nuages pour en former des hommes fantastiques et se donner le plaisir de faire mouvoir artificiellement des chimères dans des milieux politiques qui leur ressemblent. » L'horreur de l'égalité préchée par les démagogues de tous les âges, voilà la raison d'être de VEssai sur r inégalité des races ^ inscrite dans son titre même, et l'auteur y insistera sans cesse. S'il démontre que la valeur intrinsèque d'un peuple dérive de son origine ethnique, on devra, bon gré, mal gré, dit-il, restreindre, peut-être supprimer, tout ce qu'on nomme égalité. Et il se fait fort de donner, pour établir l'inégalité des races humaines et la prééminence d'une seule sur toutes les autres, des preuves a incorruptibles comme le diamant » , sur lesquelles « la dent vipérine de l'idée démagogique ne pourra mordre (I) » .

Vivant et incisif exorde, comme on le voit! Pourquoi faut-il avouer aussitôt que les premières pages du livre, consacrées à des considérations préliminaires sur les lois naturelles qui régissent les sociétés, ne répondent pas à ce début, et laissent au contraire une impression si vague qu'elles ne nous permettent pas en somme de faire dès à présent la connaissance du véritable Gobineau. L'auteur semble mal assuré de ses

(1) Essai, t. I, p. 221. (Nouf citoni d'après la 2" édition. Didot, 1884.)

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