CHAPITRE \I 7S
mal et Tavait dénoncé un peu trop haut en se déclarant l'antagoniste du patriotisme absolu, fut frappé pour sa sincérité déplaisante. On se repentit ensuite de ce crime, et Ton eût voulu ressusciter le sage; mais c^était surtout le « rossignol des Muses » que Ton regrettait, Thomme éloquent, controversiste amusant, logicien ingénieux. Le dilettantisme artistique seul pleurait; pour le sens politique, il était « inconvertissable, parce qu'il fait partie intime, intégrante, de la nature même des races v et reflète leurs défauts comme leurs qualités.
Considérons du moins un moment ce » dilettantisme artistique » , Tunique façade ensoleillée de Thellénisme, et constatons qu'ici Gobineau s^incline de bonne grâce, indiquant seulement par une légère réserve la nature exacte de ses sentiments. Il s*est, dit-il, montré assez peu admirateur des Hellènes au point de vue des institutions sociales pour avoir maintenant le droit de parler avec une admiration sans bornes de cette nation sur le terrain du beau. « Je m'incline avec sympathie devant les arts, qu'elle a si bien servis.,, tout en réservant mon respect pour des choses plus essentielles (1). » Moins mélanisés que les Chamitcs, les Grecs les imitèrent en les perfectionnant dans les arts plastiques et dans la poésie lyrique. Car Homère et Hésiode, encore arians, cultivèrent la Muse épique et didactique, positive et raisonnable personne dont le commerce convient au caractère de la race blanche. L'efTusion lyrique qui vint ensuite et, sans doute, la tragédie qui sortit du lyrisme révèlent déjà » quelque chose de l'exaltation nègre » . N'évoquons pas trop tôt cette déplaisante image; l'auteur de V Essai accorde que, pour un instant, grâce à une pondération délicate de l'élément arian et sémitique avec une certaine proportion de principes jaunes, l'épanouissement de l'art grec éblouit à bon droit le monde. Il demeurera à jamais sans rival, « parce que des combinaisons de races pareilles à celles qui le causèrent ne peuvent plus se représenter. » Pourquoi donc sans rival, nous permettrons-nous d'objecter ici? Sans
,1) T. II, p. 45.
analogue, tout au plus, car, si la même combinaison ne peut en effet reparaître, pourquoi n'en verrait-on pas surgir une autre qui fût encore plus favorable à Tari : cela n'est aucunement expliqué.
Nous passerons rapidement sur les luttes de la Grèce contre l'Asie, parce que nous les retrouverons bien plus longuement décrites dans VHistoire des Perses, Dès lors, les succès militaires des Hellènes apparaissent à Gobineau tout à la fois exagérés par la vanité nationale et insignifiants parleur portée pratique. Les héros de Salamine, » du moment qu'ils n'étaient pas plus arians qu'à Suze, » devaient être vaincus tôt ou tard parles masses innombrables des soldats du grand Roi. Sans doute, ils débutèrent par des succès, d'ailleurs immérités. «Ils eurent beau s'abandonner les uns les autres, commettre des lâchetés impardonnables et les plus lourdes fautes, le roi Xerxès s'obstina à être plus fou qu'ils n'étaient maladroits., et alla se faire battre, à la stupéfaction générale, par des gens plus étonnés que lui de leur bonheur, et qui nen sont jamais revenus » . L'éloquence a brodé sur ce thème avec une abondance qui ne peut surprendre de la part d'une nation si spirituelle, ft Comme déclamation, c'est enthousiasmant, mais, à parler sensément, tous ces beaux triomphes ne furent qu'un accident. » A la longue, la Perse était assurée d'avoir le dessus, et l'eut en effet.
Ce résultat fatal ne fut retardé que d'une heure par la péripétie inattendue de la conquête macédonienne. Nous avons dit les réserves d'énergie blanche accumulées dans le Nord. La phalange mit d'abord la main sur la Grèce, puis, plus ariane que la Perse, la soumit sans effort. Seulement, beaucoup moins nombreux que les Iraniens zoroastriens, qui s'étaient contaminés assez lentement au contact de l'Assyrie sémitique, les Macédoniens, pour leur part, s'engloutirent tout d'un coup dans leurs vénéneux triomphes (1) et disparurent dans la masse mélanisée de leurs sujets asiatiques. Et dès lors l'Egypte, l'Assyrie, la Grèce, demeurèrent fondues en
(1) T. II, p. 60.