‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 44 sur 230 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Or, d'après les enseignements que nous avons recueillis déjà de la bouche de notre guide, ces deux tendances nous feraient pressentir a priori Tinfluence du sang nègre, venu pour passionner le courage impassible du blanc, pour rendre mobile et instable son ferme bon sens. Et cependant les Celtes blancs n'ont rencontré jusqu'ici que des jaunes sur le sol européen. Comment donc expliquer la brillante valeur de nos ancêtres, si, nous croyons nous en souvenir, u le sentiment belliqueux diminue dans un peuple à mesure que le sang jaune y augmente? » Une proposition incidente, glissée dans la phrase d'un air dégagé, va répondre à cette première objection. Ces nations étaient « guerrières et belliqueuses sans doute, mais, en définitive^ beaucoup moins quonne le suppose généralement n , et leurs invasions en Italie ou en Grèce furent convulsions passagères de multitudes que des circonstances transitoires jetaient hors de leurs voies naturelles. Quant à leur a redoutable inconsistance d'humeur » , elle s'efface insensiblement dans YEssai devant une prétendue tendance utilitaire et commerciale. Ce sont d'avides marchands, d'excellents négociants, célèbres dans l'antiquité pour leur aptitude aux affaires. Un dernier obstacle se présente devant les pas assurés de la théorie du mélange jaune : c'est la littérature celtique, qui est gênante à titre de témoignage ethnique, car il est difficile de lui refuser les prestiges de l'imagination, les hagiographes bretons ou les premiers chantres de la Table Ronde ayant défrayé les âmes romanesques durant tout le cours du moyen âge. Gobineau tente néanmoins de plaider ce mauvais procès. L'esprit celtique, dit-il, aime V exactitude^ F affirmation positive : il est descriptif, elliptique, concis. Il tend à produire l'émotion a non pas tant par la façon de dire, comme les Sémites, que par la valeur intrinsèque, soit tristesse, soit énergie, de ce qu'il annonce » . Et, grâce à cette austérité de forme, il atteint d'ailleurs à une sorte de mélancolie vague et facilement sympathique, qui fait encore le charme de nos poésies populaires. Que de finesse critique et d'habileté verbale dépensées au service d'une cause douteuse !

Acceptons pourtant l'origine blanche-jaune du Celte hîsto-

rique, qui nous est affirmée avec tant dlnsistance, car elle four* nit matière à des pages brillantes et ingénieuses ; tel ce développement sur les sacrifices humains, que les Finnois pratiquent comme les nègres (les blancs demeurant déchargés, au moins dans Y Essai (I), du soupçon même d'une pareille infamie). Tandis qu'en Assyrie le rite sanglant s'accomplit sur la place publique, au grand soleil de TOrient, dans les Gaules, on le pratique la nuit, sous la voûte consacrée du feuillage humide, qui laisse à peine tomber sur cette scène terrible a la clarté douteuse d'une lune occidentale » . Le Chamite sortait de ses boucheries hiératiques ivre de carnage^ rendu insensé par l'odeur du sang « dont on venait de lui gonfler les narines et le cerveau » . Le Gall revenait de la solennité nocturne a, soucieux et comme hébété d'épouvante » . A l'un la férocité active et brûlante du principe mélanien, à l'autre la cruauté froide et triste de l'élément jaune; d'une part le brillant des couleurs éblouit, de l'autre, « tout se passe sur un fond froid. » Il est permis, n'est-il pas vrai, de refuser son adhésion scientifique, mais non pas son suffrage littéraire, à ces pages vibrantes.

Malgré leurs compromissions ethniques avec les vaincus jaunes, les Celtes ou Galls conservaient pourtant des serfs, dans lesquels il faut reconnaître la population finnique primitive, peu ou point relevée par l'alliage blanc. Et ceci est pour Gobineau une nouvelle occasion d'affirmer ses opinions sur l'esclavage, sujet particulièrement brûlant à la veille de la guerre de Sécession. L'esclavage, dit-il, de même que toutes les institutions humaines, repose sur d'autres conditions encore que le fait de la contrainte. Une civilisation avancée peut avoir des raisons philosophiques à apporter au secours des raù sons ethniques^ les seules profondes et agissantes, afin de supprimer cette institution. Il n'est pas moins incontestable que l'esclavage a parfois sa légitimité, et on serait presque autorisé à affirmer qu'en ce cas il résulte tout autant du consentement de celui qui le subit que de la prédominance morale et physique

(1) UBistoire des Perses abandonnera, d'ailleurs, de bonne grâce cette restriction tout à fait insoutenable et nous montrera les Arians pratiquant de toute antiquité le meurtre rituel.

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