CHAPITRE VII
de celui qui Timpose. On le voit, c'est toujours, avec moins d'exagération pourtant, la conception du blanc accepté comme un diieu par les races inférieures, homo homini deus. Mais, poursuit notre auteur, la servitude ne se maintient jamais dans une société dont les éléments divers se sont tant soit peu fondus; longtemps avant que Tamalgame approche de sa perfection, cette institution se modifie, puis s'abolit. Bien moins «ncore est-il possible que la moitié d'une race homogène dise à son autre moitié : a Tu me serviras, n et que l'autre obéisse. Ce que le poids des armes pourrait consacrer un moment n'étant jamais ratifié par la conscience des opprimés, le fragile ■et vacillant édifice s'anéantirait bientôt. On peut tout faire avec des baïonnettes, excepte s'y asseoir, disait le prince de Talleyrand, et Ton voit que Gobineau est de son avis. En d'autres termes, l'esclavage n'existe qu'en conséquence de grandes inégalités dans le sang ou dans la valeur ethnique, qu'à la condition que l'esclave soit véritablement d'une autre espèce que le maître. Hardie et séduisante hypothèse, qui est le fondement théorique et qui serait la justification pratique de l'aryanisme et de l'impérialisme arien 1
Quoi qu'il en soit, voici une application immédiate de ce principe par où s'éclairent à la fois les origines féodalistes et les tendances impérialistes de la thèse gobinienne. De ces esclaves jaunes, de plus en plus alliés de blanc, est sortie la population actuelle de nos campagnes; et Broca baptisera en effet du nom de celtiques les bruns moyens du plateau central de la France et des régions alpines, si différents des Celtes de César. Or, par un phénomène de substitution que viendront nous expliquer dans la suite d'autres aryanistes mieux armés des instruments de la science contemporaine, la psychologie Jaune de Gobineau, défectueuse pour le Celte remuant du temps de la guerre des Gaules, va se trouver remarquablement exacte pour les groupes paisibles qui en portent aujourd'hui le nom, à tort ou à raison. Ses séjours en Bretagne lui avaient appris déjà que a certains Bas-Bretons, avec leur taille courte et ramassée, leur tête grosse, leur face carrée et sérieuse, généralement triste, leurs yeux souvent bridés et relevés à
Tangle extrême, trahissent, pour Tobservateur le moins exercé, la présence irrécusable du sang finnique à forte dose » . Il généralisa ces appréciations par la suite et vit dès lors dans la population des campagnes françaises une race très particulière, surtout mongolique, et fermée par son extraction même à la civilisation contemporaine, dont Torigine est surtout germanique aux yeux du comte. L'âme du paysan est autrement façonnée que celle des classes supérieures, impénétrable à leur culture, en sorte que quelques civilisés vivent aujourd'hui campés au sein d'une masse barbare (1). Cet homme qui laboure son champ sous votre regard a son horizon moral particulier, sa religion secrète, faite de superstitions héritées du lointain paganisme, religion qu'il nie d'ailleurs en toutes circonstances, sur laquelle il refuse obstinément la discussion, mais qui garde sa conBancc inébranlable. De là l'attitude taciturne des paysans vis-à-vis du bourgeois des villes. « Ils se regardent comme d'une autre espèce, à les en croire opprimée, faible, qui doit avoir recours à la ruse, mais qui garde aussi son orgueil, très tenace, très méprisant... Les événements les plus tragiques ont ensanglanté le pays sans que la nation agricole^y ait cherché une autre part que celle qu'on la forçait d'y prendre. Là où son intérêt personnel et direct ne s'est pas trouvé en jeu, elle a laissé passer les orages sans s'y mêler, même par la sympathie. Effrayées et scandalisées à ce spectacle, beaucoup de personnes ont prononcé que les paysans étaient essentiellement pervers. C'est à la fois une injustice et une très fausse appréciation. Les paysans nous regardent presque comme des ennemis; ils n'entendent rien à notre civilisation, ils n'y contribuent pas de leur gré, et, tant qu ils le peuvent, ils se croient autorisés à profiter de ses désastres. Si on les considère en dehors de cet antagonisme, quelquefois actif, on ne révoque plus en doute que de hautes qualités morales, quoique souvent très singulièrement appliquées, ne résident chez eux. » En résumé, si on disait qu'en France dix
(1) Le crime de Brierre à Corancez et son attitude ultérieure fourniraient des arguments à quelque continuateur de Gobineau sur ce point.