‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 46 sur 230 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

millions d'âmes « agissent dans notre sphère de sociabilité » et que vingt-six millions restent en dehors, on serait au-dessous de la vérité. De ces considérations pessimistes, il convient toutefois d'excepter nos populations du nord-ouest, qui tiennent de beaucoup plus près que toutes les autres à la race germanique. On fera prudemment de ne pas traiter avec dédain une thèse si saugrenue, car certaine école savante du temps présent y voit, comme nous le dirons, un pressentiment génial de Tune des découvertes capitales de Tanthropologie moderne.

il est même possible que dans le mélange blanc-jaune celtique l'élément finnois tienne une place plus prépondérante que rapport mélanien dans le mariage blanc-noir, parce que le rôle masculin lui appartient. £n e£Fet, entraîné peut-être par son concept d'une race jaune mâle, opposée à une espèce nègre féminine, Gobineau établit une singulière distinction entre les préliminaires de ces deux sortes d'unions. Tandis que les Chamites, Sémites et Arians, chassés de leur patrie par les hordes mongoles, venaient, <( fugitifs heureux, » s'allier en conquérants et en maîtres aux négresses du sud, les Celtes et les Slaves blancs, demeurés plus longtemps sur les hauts plateaux de l'Asie, au contact de leurs ennemis mongols, en furent assaillis, tourmentés, et a commencèrent l'hymen en opprimés ». Ce fut bon gré, mal gré, qu'ils s'unirent, d'abord aux petits hommes venus d'Amérique avant l'époque de leurs migrations européennes. « Il est douteux que les nègres, maîtres de choisir, eussent beaucoup envié l'alliance du blanc ; il ne Test pas que les jaunes l'aient ardemment souhaitée (1).» La première partie de cette phrase est absolument contredite par les faits; nous avons vu l'amour de la noire sœur du Rakchasa pour les héros blancs dans le Mahâbhâraia^ tandis qu'au sud des États-Unis, là où noirs et blancs vivent aujourd'hui sur un pied d'égalité au moins légale, ce sont aussi les nègres masculins qui mettent souvent en défaut, et aux risques de subir la brutale loi de

(1) T. II, p. 554. L'origine jaune des classes rurales a plus d'un partisan dans Tethnographie contemporaine. On retrouve cette idée jusque dans les notes de M. Paul Bourget sur l'Angleterre; mais il la tient sans doute directement de Gobineau.

Lynch, cette remarque psychologique du comte. Quant à la seconde proposition, elle est plus vraie, parce que la limite entre jaunes et blancs demeure profondément incertaine dans. V Essaie comme nous le verrons, et qu'on a pu nous y montrer déjà de façon symbolique les nains des légendes volant dea enfants blancs pour améliorer leur propre sang. Au total la traduction précise de ce^ confuses indications de Gobineau paraît être que, dans les deu.\ grands mélanges primordiaux, ce fut surtout l'homme blanc qui s'unit à la femme noire, et l'homme jaune à la femme blanche ; la race noble offrant une fois de plus ici l'aspect d'une sorte d'intermédiaire et de juste milieu entre tempérament mâle et instincts féminins. Quoi qu'il ca soit, déjà contaminés de jaune, en opprimés, dans leur patrie asiatique par leurs assaillants finnois, les Celtes et les Slaves, eurent d'autant moins de raison en Europe de répugner à la promiscuité des premiers occupants qu'un ancien degré de parenté les liait préalablement.

Consacrons ici quelques lignes à ces Slaves, qui, en compagnie des Celtes, servent de base à nos sociétés modernes, à ce point que l'anthropologie naissante les unit tout d'abord dans la communauté d'une famille celto-slave. Les Slaves ne sedistinguent, dans V Essai, de leurs voisins de l'ouest que par uneproportion plus forte encore de sang jaune, sans cesse accru dans leurs veines par leur séjour oriental et par leur contact ininterrompu avec l'Asie mongole, dont le voisinage dégradant les a faits ce qu'ils sont. Vers 1850, la russophobie florissait en France, et les ancêtres des Moscovites vont, sous la plume de Gobineau, se ressentir des dispositions défavorables de l'opinion publique à leur égard. Leurs tendances, nous dit-il, furent utilitaires, commerciales, agricoles surtout. Spéculateurs moins intelligents que les Chananéens, ils devinrent tout aussi riches dans l'antiquité, quoique u d'une façon plus terne », et ils se résignèrent sans peine à subir des conquérants qui étendaient les relations d'affaires de leurs vaincus à mesure qu'ils poussaient plus loin leurs exploits. De la sorte, l'instinct commercial « devient l'apôtre le plus ardent de cette fraternité universelle que des sentiments un peu plus nobles^

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