‹ La philosophie de l'impérialismeChapitre 48 sur 230 · ROME ITALIOTE ET ROME SÉMITIQUE · texte numérisé non relu

ROME ITALIOTE ET ROME SÉMITIQUE

Mais avant de venir à ces héros de VEssai il reste à écarter de leur chemin glorieux une concurrence déloyale, dont notre éducation classique ne nous porte que trop à écouter les réclames insidieuses. Il faut éclairer le rôle de Rome et de son empire dans Thistoire de Thumanité.

Ayant préparé le terrain ethnique dans l'Europe occidentale par Tétude des destinées celto-jaunes, Gobineau aborde, en effet, le récit de l'expansion latine, qui étendit ses alluvions conquérantes sur cette base primordiale. Et, tout d'abord, il semble que l'absence d'Arians nettement caractérisés dans cette région géographique humanise un peu l'exclusivisme aristocratique du comte : la mésalliance n'est-elle pas plus excusable chez de petits gentilshommes que chez de très grands seigneurs? Par un retour imprévu vers les thèses conciliantes de son premier livre, il avoue pour un instant, sans répugnance trop visible, l'utilité des mélanges et les bienfaits du sémitisme. Tant qu'un groupe de peuples demeure réduit à l'élément blanc-jaune, il ne cesse de « tourner dans cette spirale de perfectionnements limités dont la Chine a atteint le sommet» . Bien plus, les nations occidentales, bornées à leurs premiers composants, n'eussent même pas atteint cette altitude relative : parvenues peut-être à une civilisation voisine de celle du Céleste-Empire, elles n*auraient pas connu le même calme. Trop d'affluents divers se confondaient déjà dans leur essence, et surtout trop d'apports blancs y avaient trouvé place. Les passions militaires devaient à chaque instant bouleverser une telle société, vouée par sa constitution ethnique à une culture

médiocre, à de longs et, mutiles conflits. Par fortune, les invasions du sud apportèrent aux peuples européens ce qui leur manquait. Sans détruire tout d'abord leur originalité, cette heureuse immixtion alluma «rame qui les fit marcher et le flambeau qui, en les éclairant, les conduisit à associer leur existence au reste du ponde (1) » .

Retenons ces aveux, car ils contrastent étrangement avec les imprécations qu'inspire quelques pages plus loin à leur auteur Tafflux bientôt trop rapide à son gré du sang sémitique dans les veines latines. Difficile problème, en vérité, pour la race blanche, quand même elle eût été de bonne heure consciente de ses destinées futures, que de satisfaire par le choix et la proportion précise de ses alliances aux préceptes de cet exigeant mentor.

A Taurore de Thistoire, on distingue dans la péninsule italique des peuples fort divers : Ibères, Illyriens, Étrusques, Celtes et Slaves : tous blancs mélangés de jaune, quelquesuns peut-être de base ariane ; on peut tout au moins le présumer pour les lUyriens. Mais, en fin de compte, pas une de ces physionomies véritablement pures et majestueuses, telles qu'en offraient les Hellènes mythiques; et surtout rien d'homogène, de nettement délimité. «Il n'a jamais existé au monde de nation romaine, de race romaine (2). » En revanche, des aptitudes sérieuses à une civilisation estimable, quoique sans éclat : par exemple, cette qualité finnoise qui sera la source de la vertu romaine, le respect accordé à la personne du magistrat et capable de le suivre hors de sa charge. Tandis que les Sémites ne vénèrent que la fonction abstraite et revêtue des prérogatives de la force, les Italiotes n'acceptent pas « qu'il soit loisible d'ouvrir même respectueusement la robe du juge pour frotter de boue le cœur de celui qui la porte » .

A ces blancs-jaunes assez ternes, les Tyrrhéniens, Pélasges sémitisés de la côte ionienne, apportèrent l'élément noir, qui

(1) T. II, p. 206.

(î) T. II, p. 26Î.

Page 1