LES ARIANS GERMAINS — ROME GERMANIQUE
II est temps de détourner nos regards de ce spectacle crépusculaire, pour les porter vers le côté de Taurore, vers les Arians germains, si indignement calomniés par Técole latine. • Ces malheureux barbares, on les fait apparaître au cinquième siècle comme des monstres en délire qui, se précipitant en loups aCEamés sur l'admirable organisation romaine, la dé- <:hirent pour la déchirer, la brisent pour la briser, la ruinent uniquement pour en faire des décombres, v Que la vérité est différente! Les Germains furent les seules forces vives, les soutiens dissimulés de TEmpire durant la plus grande partie de son existence. Seuls ils sauvèrent du sein des débris accumulés par sa chute pitoyable ce qui méritait de durer.
Mais avant de le démontrer, faisons bonne justice d'insinuations odieuses, en rapprochant pour un instant, en comparant de sang-froid les deux êtres dont on voudrait faire, d*une part, une intéressante victime, et de l'autre, un brutal destructeur. Qu'était donc au physique et au moral un Romain du troisième ou du cinquième siècle? « Un homme de taille moyenne, faible de constitution et d'apparence, généralement basané, ayant dans les veines un peu du sang de toutes les races imaginables, » se croyant le premier personnage de l'univers et, pour le prouver, insolent, rampant, ignorant, voleur, dépravé . . .
En face de cet être méprisable, qu'était le barbare? Un homme à blonde chevelure, au teint blanc et rosé, large d'épaules, grand de stature, vigoureux comme Alcide, téméraire comme Thésée, adroit, souple, ne craignant rien au
monde et la mort moins que le reste. «Ce Léviathan possédait sur toutes choses des idées justes ou fausses, mais raisonnées, intelligentes et ne demandant qu^à s'étendre. Ce n'était nullement Tenfant tapageur que Ton s'imagine d'ordinaire, mais un adolescent bien éveillé sur ses intérêts positifs. » Il est impossible de ne pas noter une fois de plus combien Gobineau est au fond embarrassé dans le portrait moral de l'Ârian : des traits vagues, parfois presque dignes de M. de La Palisse, voilà ce qu^il nous offrira plus d'une fois encore : seule surnage dans ce fatras la nuance utilitaire, qu'il accentuera par la suite, et qu'il nous a pourtant appris à considérer comme jaune, à moins que ce ne soit par instants la force physique toute pure, comme dans le développement que voici. Quand le Romain vaniteux et misérable opposait sa fourberie à V astuce rivale du barbare, qui décidait de la victoire? Le poing du second. En tombant comme une masse de fer sur le crâne du pauvre neveu de Rémus, ce poing musculeux lui apprenait de quel côté était passée la force. Et comment se défendait alors le Romain écrasé? Il pleurait et criait d'avance aux siècles futurs de venger la civilisation opprimée en sa personne. Pauvre vermisseau!... Il mentait^ et ceux qui, dans le monde moderne, par haine de nos origines germaniques et de leurs conséquences sociales au moyen âge, ont amplifié ces hâbleries n'ont pas été plus véridiques. Eh quoi? parce que la littérature à la mode, les traités de grammaire, la rhétorique, les poèmes lippogrammatiques et toutes les gentillesses de même sorte qui faisaient les délices des beaux esprits du temps trouvaient sans exception les rudes guerriers du Nord plus froids que leurs glaces polaires, il faudrait proclamer ces héros sans àme? Certes, ils étaient barbares, ces frustes dominateurs, qui, nourris des chants nerveux de la Germanie, restaient insensibles à la lecture comme à l'aspect de ces madrigaux écrits en forme de lyre ou de vase, devant lesquels se pâmaient d'admiration les gens bien élevés d'Alexandrie ou de Rome. Les classes lettrées ou soi-disant telles se sentaient en quelque sorte fondées à déclarer que leur César rhénan manquait de goût. Pour la postérité, elle aurait pu en juger autrement et